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Un dernier Blanchard pour la route

26 Nov Publié par dans Littérature | Commentaires

Le Reste sans changement, volume posthume du journal d’André Blanchard, ressuscite la voix de l’écrivain.

André Blanchard @ ledilettanteNé en 1951 et décédé en septembre 2014, André Blanchard vivait à Vesoul, loin du microcosme littéraire, et publiait depuis 1987 ses «carnets», volumes de journal intime dont la plupart furent édités par Le Dilettante, précieux refuge d’écrivains pour «happy few». Le Reste sans changement, en librairie depuis cette semaine, ressuscite la présence de cet esprit libre qui pensait avoir déjà «tout dit depuis vingt-cinq années, sur la société, la gauche, les crapules du haut en bas, l’école, l’art contemporain, les m’as-tu-vu». Peut-être, mais l’on ne se lasse pas de ses saillies, de ses coups de griffe adressés aux précieux et aux ridicules. Les flèches ne ratent pas les cibles : «On lit parfois des choses ébouriffantes dans les interviews d’écrivains ; ainsi dans celle de Jérôme Ferrari, parue dans Le Monde des livres fin août, où on nous le présente comme un sérieux postulant au Goncourt, nous apprenons : un, qu’il n’a pas lu Proust ; deux, qu’il vient de découvrir Bernanos. Et ça à quarante-quatre ans. Ne reste plus qu’à lui souhaiter longue vie ; voire, s’il lit Proust un jour, d’en sortir déçu afin de ne pas se mordre les doigts du temps perdu.»

Le spleen, «ce mot trop beau pour la chose»

Blanchard, lui, lisait (Jean-Pierre Cescosse, Gérard Guégan…) et relisait beaucoup (Proust, Léautaud, Julien Green, Flaubert, Hyvernaud, Perros…), avec un stylo à la main. Il ne négligeait pas quelques têtes de gondole de l’actualité éditoriale, ce qui nous vaut des perles comme Proust et Colette conversant en 1931 ou de Gaulle mourant en 1969 – trouvailles dégotées dans un livre de Régis Debray. À propos des soixante-huitards, il se demandait : «Est-ce que les enragés ne sont pas les seuls anciens combattants dont le souvenir fasse pouffer ?» Poser la question est déjà y répondre.

Nulle aigreur cependant chez cet homme qui aimait la lenteur et qui se consolait des temps où nous sommes en songeant à Jean Moulin, Daniel Cordier ou de Gaulle. Le spleen, «ce mot trop beau pour la chose», il le soignait notamment en regardant les chats et les merles ou en s’émerveillant de choses simples devenues rares : «Des Slaves parlant le français avec leur accent, est-ce beau ! L’immigration apaisée, c’est cela : notre langue qui se fait louve romaine.» À un olibrius lui demandant pour le site Internet d’une librairie : «Qu’aimeriez-vous partager en priorité avec le lecteur ?», il répondit «Un verre». Hélas, nous ne pourrons plus trinquer avec André Blanchard. Alors, lisons-le et faisons passer.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Le reste dans changement – Le dilettante

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