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La France qu’on aime (3)

19 Nov Publié par dans Opinions, Portraits | Comments

Rudy Ricciotti, «anarchitecte» sudiste

Voici un mois, le Premier ministre inaugurait le musée mémorial du camp de Rivesaltes où furent parqués républicains espagnols, juifs, tsiganes, puis harkis après l’indépendance de l’Algérie. C’est le bouillonnant architecte Rudy Ricciotti,  Grand prix national de l’architecture 2006, qui est l’auteur de ce mémorial. Moins connu du grand public que le pontifiant Jean Nouvel, il est cependant le créateur du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée de Marseille, du nouveau stade Jean-Bouin de Paris, du Palais des festivals à Venise, du Philharmonie de Gstaad, du Centre chorégraphique national d’Aix-en-Provence, dit «le Pavillon noir», ou de la Médiathèque et Centre d’art contemporain de Colomiers («le Pavillon blanc»).

Difficile d’être plus sudiste que Ricciotti : naissance en 1952 à Kouba en Algérie, adolescence en Camargue, études à Marseille, installation à Bandol. De ce Sud, il a conservé un aspect frondeur, provocateur. Pasolini et Giordano Bruno, brûlé par l’Inquisition, sont les idoles de celui qui se présente comme «architecte catholique». Ce drôle de paroissien n’aime pas les zones commerciales et les ronds points, la dépendance technologique, l’uniformisation et l’«esthétique globalisée. C’est-à-dire la perte identitaire, la perte de signes, la perte de récit.»

rudy

En 2012, il déclarait : «Trois choses me révoltent. D’une part le politiquement correct, dans lequel on est enfermé et qui nous bouffe les neurones. On ne peut plus prononcer un mot, un désir, on ne peut plus avoir un point de vue sans le lisser à la javel trois fois. Moi j’aime bien dire merde. L’épuisement européen me révolte aussi. L’Europe a du mal à se renouveler dans un projet commun. Elle ne produit pas grand-chose d’autre qu’une bureaucratie aberrante et qui coûte des fortunes. Il nous faut avoir ce point de vue républicain et libertaire. Enfin, je me révolte contre l’exil de la beauté. On assiste à un enlaidissement généralisé. Partout dans le monde, tout se ressemble, tout est « fluo », tout est « lounge ». On est dans la sentimentalisation de la beauté. On atteint le point ultime de la déchéance. Arrêtons de sentimentaliser la modernité.»

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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Loin des lamentations, voici quelques Français qui donnent envie d’aimer le vieux pays.

Dans son beau livre posthume, Et si on aimait la France (sans point d’interrogation), Bernard Maris disait son affection «pour des gens pleins de gaieté qui parlaient de la France avec tristesse, et d’autres pleins de tristesse qui en parlaient encore joyeusement». À nous Français, il disait encore : «Retrouvez ce sourire qui fit l’envie des voyageurs pendant des siècles, au “pays où Dieu est heureux”.» Oui, les Français ont perdu le sourire. Ils ont peur. Du présent, de l’avenir, du passé même. Ils ont peur de l’autre, de l’étranger, d’eux-mêmes. Ils ont peur de tout, sauf des machines et des écrans qui sont devenus, pour beaucoup d’entre eux, leur meilleur ami, leur confident, leur raison d’être.

D’autres préfèrent se lamenter sur ce qui ne reviendra plus. La France est fichue, suicidée, à la dérive. «Il est tout à fait naturel que l’on ressente la nostalgie de ce qui était l’empire, comme on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages», disait de Gaulle en 1960. On peut pleurer, en effet, ou trouver des motifs d’espérance. Voici, par exemple, quelques hommes, n’ayant rien à voir les uns avec les autres, mais qui pourtant incarnent, chacun à leur façon, le bonheur d’être français.

La France qu’on aime (1) : Mamadou Sakho, fier d’être français
La France qu’on aime (2) : Daniel Rondeau : enraciné et cosmopolite

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