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De l’Affiche rouge à l’inauguration du Relais Assistance Maternelle Mélinée Manouchian en passant par les attentats de Paris : la Culture contre l’obscurantisme et le terrorisme

Lundi 16 novembre, à 18h, a eu lieu l’inauguration du Multi-Accueil Mélinée Manouchian – Relais Assistante Maternelle,  4, rue Missak Manouchian, près de la Place Tibaous, dans le quartier St-Simon de Toulouse, par le Maire, Jean-Luc Moudenc, et l’Amicale des Arméniens de Toulouse*.

Cette cérémonie s’inscrivait dans le cadre de la commémoration du centenaire du génocide arménien.

C’était avec une profonde tristesse que nous nous sommes associés, en ces jours de deuil national, à la douleur des familles des victimes des odieux attentats de Paris, avec une pensée toute particulière adressée à tous ces jeunes innocents qui ont payé un très lourd tribut, à leurs familles, à leur amis.

Mais quel rapport avec la Culture, me demanderont certains ? Tout, justement.

L’une des missions principales de l’Amicale des Arméniens de Toulouse consiste à soutenir l’enfance et la jeunesse, ici ou en Arménie, afin qu’elle puisse s’épanouir dans un environnement serein et pacifique et devenir un acteur responsable, prenant part à la construction de son propre avenir.

C’est pour cela qu’elle a tenu à maintenir ses activités et manifestations afin de poursuivre son œuvre pour l’épanouissement de sa jeunesse et pour rappeler son profond attachement aux valeurs républicaines et laïques et au rejet de la haine et de l’oppression nourries par l’obscurantisme.

L’inauguration de ce Multi-accueil, baptisé du nom de Mélinée Manouchian, situé au 4 rue Missak Manouchian, était l’occasion de rendre hommage à cette grande dame **, mais aussi à son époux, Missak Manouchian**, ainsi qu’à l’ensemble de son groupe de résistants, tous étrangers et apatrides, qui n’ont pas hésité à lutter et à offrir leurs vies pour la libération de leurs concitoyens pendant l’Occupation allemande.

Mélinée Manouchian

Mélinée Manouchian

C’est en présence des représentants de l’ensemble des communautés engagées dans ce groupe que s’est déroulé cette cérémonie « pour honorer la mémoire de ces héros et marquer notre attachement aux principes de Paix et de Liberté en ces temps si difficiles, que ce soit en France ou au Proche-Orient ! », selon les mots de Gérard Karagozian***, vice-président de l’Association des Arméniens de Toulouse.

Il a ajouté : Missak a toujours été optimiste sur l’issue de la 2° guerre mondiale, avec ces propos: « notre génération doit combattre le nazisme ; cela risque d’être terrible, mais nous en sortirons vainqueur ».

Aujourd’hui, ces mots résonnent dans nos têtes et sont terriblement d’actualité, nous sommes profondément touchés par le fanatisme de Daech ou Al Quaida qui n’a pour objectif que de détruire la vie de ceux qui vivent en paix dans nos pays où la démocratie s’exerce ; ce sont des gens déshumanisés qui n’ont plus de repère : la haine est leur seul moteur ! Nous ne devons pas répondre par la haine ou les amalgames, mais la fermeté et l’action à l’intérieur et à l’extérieur au sein d’une coalition internationale paraissent indispensables…

Comme l’a si justement dit aussi Monsieur Avédis Torossian, au nom du Docteur Fernand Torossian, Président de l’Association Franco-Arménienne et délégué régional du groupe Manouchian:

J’ai donc le grand honneur de représenter aujourd’hui Missak Manouchian et Mélinée Manouchian.

Et c’est un honneur qui est pour moi teinté à la fois, bien sur d’une profonde fierté, mais aussi de mélancolie…

Deux émotions qui se mélangent selon des proportions bien particulières, que seuls connaissent ceux qui, comme moi, sont les fils de 2 mères : la France, et l’Arménie – Hayastan.

La fierté est celle d’être issu de ce peuple, ce petit peuple, si petit mais pourtant si grand, qui dans ma patrie d’adoption, la France, a engendré des héros tels que Missak Manouchian.

Et la mélancolie, la fidèle compagne de ceux qui portent les stigmates de l’exil ; cet irrationnel et constant sentiment de perte, sans que souvent il soit certain d’avoir jamais possédé ce qui fut perdu.

Aujourd’hui pourtant, à l’occasion de cette cérémonie d’inauguration, représenter Missak Manouchian, ainsi que ses frères d’armes, est chargé d’une émotion encore différente. D’un surcroit de signification.

Car inaugurer un centre nommé Mélinée Manouchian consacré à l’enfance, cela signifie plus que de simplement rendre hommage à l’héroïne, l’épouse que Missak Manouchian aimait plus que la vie.

Cela signifie d’avantage que  d’honorer la mémoire d’un homme, d’un poète, d’un martyr, d’un héros de guerre… d’un champion de la liberté.

Cela signifie plus que tout cela car, d’une certaine façon, nous sommes réunis aujourd’hui pour accomplir l’ultime volonté de Missak Manouchian.

« Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d’avoir un enfant pour mon plus grand bonheur… » 

Nous inaugurons donc aujourd’hui ce centre, dédié à l’enfance.

Et cet homme et cette  femme, Missak et Mélinée Manouchian, aujourd’hui enfin, ont des enfants…

Mais aujourd’hui aussi, suite à l’atroce barbarie  qui vient tout juste d’avoir lieu, nous sommes tous abasourdis. Touchés. Meurtris. Tandis que nos cœurs saignent, nous tentons de nous relever, en peinant encore à croire en la réalité de ces événements. Et dans ce sinistre contexte, évoquer et honorer la mémoire du groupe Manouchian et chargé d’une symbolique plus puissante que jamais…

Ces hommes du passé nous ont offert leur avenir, notre présent.

Soyons dignes de leur héritage.

Faisons le bien, et ne craignons personne.

Rappelons à ceux qui sont trop jeunes ou qui ont oublié, que Missak Manouchian a pris la direction militaire des Francs-Tireurs Partisans de la Main-d’Œuvre  Immigrée (FTP-MOI) parisienne, et a créé le groupe qui porte son nom, composé de 23 personnes, tous immigrés d’origines juive hongroise et polonaise, italienne, espagnole, arménienne…

Ce groupe d’exilés, d’expatriés, de migrants de l’époque, n’ont pas hésité à offrir leur sang et leur vie pour leur patrie d’adoption, pour défendre une liberté dont ils connaissaient si bien la valeur.

Missak Manouchian

Missak Manouchian

La France était selon Missak la « Terre de la Révolution et de la Liberté. »

Entre la fin 1942 et la fin 1943, ces hommes ont mené dans Paris une guérilla incessante contre les Allemands, réalisant en moyenne une opération armée tous les deux jours : sabotages, déraillements de trains, pose de bombes, exécutions de SS…

Ces combattants, (qui allaient être reconnus par le Général De Gaulle, à l’occasion de la fusion avec l’Armée secrète, le 29 décembre 1943, donnant naissance aux Forces Françaises de l’Intérieur), ne s’attaquaient qu’à des soldats, membres d’une armée d’occupation se livrant à des exactions sans nombre, des atrocités.

Arrêtés après un long travail de filature de la police française, livrés aux allemands, condamnés à mort le 21 février 1944, ces hommes sont fusillés le même jour ; la seule femme capturée, Olga Bancic, sera décapitée à la prison de Stuttgart en Allemagne le 10 mai1944.

Au cimetière d’Evry, dans le carré des Résistants, reposent côte à côte, des musulmans, de juifs, de chrétiens: ils étaient unis pour le même combat, ils sont réunis dans la mort.

C’est grâce à leur sacrifice et à celui de nombreux résistants connus ou anonymes que nous vivons encore en liberté.

Précisons aussi que les terroristes qui s’en prennent aujourd’hui à des civils innocents, dans le but de terroriser notre pays, sont les chantres d’un état théocratique dictatorial où aucune liberté n’existe. Le terrorisme est défini par le Larousse comme l’ensemble d’actes de violence (attentats, prises d’otages, etc.) commis par une organisation pour créer un climat d’insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système.

D’autre part, les Manouchian étaient des amoureux de la Culture en général, et française en particulier.

Le 21 février 1944, à la prison de Fresnes quelques heures avant son exécution au Mont Valérien, Michel Manouchian a écrit la lettre suivante à sa femme Mélinée :

Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.

Que puis-je t’écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

Je m’étais engagé dans l’Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous… J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendue heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d’avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l’armée française de la libération.

Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l’heure avec le courage et la sérénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fait de mal à personne et si je l’ai fait, je l’ai fait sans haine. Aujourd’hui, il y a du soleil. C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis.

Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu.

Ton ami, ton camarade, ton mari.  Manouchian Michel.

En 1955, Louis Aragon, poète résistant, tirera de cette lettre d’adieu le magnifique poème Strophes pour se souvenir (in Le Roman inachevé) :

Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes

Ni l’orgue ni la prière aux agonisants

Onze ans déjà que cela passe vite onze ans

Vous vous étiez servis simplement de vos armes

La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

 

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes

Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants

L’affiche qui semblait une tache de sang

Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles

Y cherchait un effet de peur sur les passants

 

Nul ne semblait vous voir Français de préférence

Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant

Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants

Avaient écrit sous vos photos  MORTS POUR LA FRANCE

 

Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre

A la fin février pour vos derniers moments

Et c’est alors que l’un de vous dit calmement

Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

 

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses

Adieu la vie adieu la lumière et le vent

Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent

Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses

Quand tout sera fini plus tard en Erivan

 

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline

Que la nature est belle et que le cœur me fend

La justice viendra sur nos pas triomphants

Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline

Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

 

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent

Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps

Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir

Vingt et trois qui criaient LA FRANCE en s’abattant.

___________________

En 1959, Léo Ferré l’a mis en musique de façon magistrale sous le titre de l’Affiche rouge***, avec un parlé-chanté poignant et la chantera sur toutes les scènes de France : l’accompagnement par les onomatopées d’un chœur mixte et le roulement de tambour final, qui rompt brutalement la continuité de ce chant et évoque l’exécution des 23 membres du groupe Manouchian, a saisi et ému pour toujours les gens de ma génération. Du moins, ceux qui n’ont pas la mémoire courte, ceux qui ne font pas des amalgames douteux sur les étrangers, ceux pour qui “resister c’est créér, créer, c’est resister”, selon les mots de Lucie Aubrac

Pour la petite histoire, signalons que cette chanson a été interdite jusqu’en 1981 !

Aujourd’hui plus que jamais, le sacrifice de ces immigrés morts pour la France, la qualité d’intellectuel et de poète de leur chef, le travail d’un autre poète et d’un musicien pour sauvegarder leur mémoire, jusqu’à la création du Relais Assistance Maternelle des Tibaous grâce à l’Association des Arméniens de Toulouse et aux différents partenaires, prend une résonance toute particulière.

Je laisserai donc les mots de la fin à MIssak Manouchian, un amoureux de Poésie**** ; on peut lire dans ses écrits :

A tout moment l’ennemi change de couleur et de forme

Et nous jette sans arrêt dans sa gueule inassouvie.

Que les flambeaux de la conscience éclairent nos esprits !
Que le sommeil et la lassitude ne voilent point nos âmes !

Et je conseillerai à ceux qui m’ont lu jusqu’ici de ne pas rater le concert du 14 décembre à 20h 30*, à la Halle aux Grains de Toulouse, organisé par l’Amicale des Arméniens de Toulouse, au bénéfice des enfants d’Arménie et de Toulouse.

Un programme exceptionnel avec le groupe BRATSCH qui met fin à plus de 40 ans de carrière a, et Quai n°5, un groupe inclassifiable qui mêle Bach à la musique Brésilienne, Mozart au style Yiddish, Vivaldi a l’Irlandais, Verdi au Jazz, Chopin aux rythmes Cubains, Dvorak au Blues, Tchaikovski aux sons Latinos…

armenie

La musique, le partage et la convivialité,  c’est la meilleure réponse aux terroristes !

E.Fabre-Maigné

17-XI-2015

PS. Je me permets d’ajouter que si j’ai beaucoup parlé ici de mes amis d’origine arménienne,  j’ai aussi beaucoup pensé à mes amis d’origine turque, le regretté Professeur Ali Ozcelebi de l’Université de Burça et Vahap Kosé, merveilleux musicien, avec qui je rends hommage sur scène au poète Nazim Hikmet, à mes amis d’origine espagnole Servane Solana et Vicente Pradal, à mon ami d’origine camerounaise Francis Bébey, à mon ami d’origine italienne et espagnole Léo Ferré et à Maria-Christina Ferré-Diaz, son épouse, à mon ami d’origine bien française, André « Dédé » Tailhades de Saint Chinian, à ma famille d’origine française et à celle d’origine italienne, à Romana, ma belle-mère immigrée fuyant le fascisme de Mussolini, à mes enfants bien sûr; et à tant d’autres qui font la beauté de la France.

* www.guiank.org

15, avenue des écoles Jules Julien 31400 Toulouse amicale.guiank@gmail.com

** Gérard Karagozian est personnellement touché par l’Affiche Rouge : son père (ex- citoyen de l’Union Soviétique) a choisi la France pour construire sa vie. Evadé le 2 mai 1944 du camp des prisonniers de guerre de Mendes (Lozère), il est passé au Maquis et a servi dans les rangs des FTP partisans arméniens soviétiques dans le Gard et la Lozère, lors des combats à Florac, Villefort, Ales, Collet de Dèze, Genolhac, La Grand-Combe, et la libération des villes de la Calmette et Nîmes (du 1° au 27 août 1944). En 1945, pensant rentrer en Arménie, il fut déporté vers la Sibérie orientale comme la plupart des arméniens qui ont lutté contre l’occupant Allemand. Ses compagnons d’arme déportés furent libérés en 1955 après la mort de Staline, mais la plupart sont décédés en Sibérie.

Gérard Karagozian

Pour en savoir plus :

*** Mélinée Assadourian est née en 1913 à Istanbul, décédée en 1989 à Paris. Orpheline du Génocide, elle transitera dans différents orphelinats avant son arrivée en France en 1926. Elle vit à Marseille puis, à partir de 1929, au Raincy. Elle était la secrétaire d’un club qui s’appelait la JAF, la Jeunesse arménienne de France.  Les souffrances qu’elle a vécues et côtoyées l’invitaient à consacrer son énergie à soulager ceux qui souffrent et elle craignait que l’amour n’entame sa force intérieure.

Mais elle devint la compagne de Missak Manouchian en 1937. Après l’arrestation de celui-ci en 1943, Mélinée dut quitter son appartement et chercher refuge chez des résistants ; elle a été aussi hébergée par la famille Aznavourian.

Et celle à qui Missak demandait d’être heureuse, de se marier et de faire un enfant,  nous a dit : Il a perdu la vie, c’est à dire ce qu’il appréciait le plus au monde: le soleil, la nature, la beauté ressentis au plus profond de sa chair. J’ai perdu le bonheur, c’est à dire ce que je désirais le plus au monde. Je puis dire d’une certaine façon, qu’il m’a laissée dans le malheur. Son dernier vœu était que je me marie, que j’aie un enfant, que je sois heureuse, mais le mien était qu’il vive et qu’il me rende heureuse, lui. La vie présente parfois d’étranges quiproquos.

Elle ne se remariera jamais, ni n’aura cet enfant qu’il lui souhaitait d’avoir avec cet autre homme qu’elle aimerait. Elle est décédée à l’âge de 76 ans et est enterrée au cimetière d’Ivry à côté de celui qu’elle aimait.

Dans un livre aujourd’hui épuisé, intitule simplement « Manouchian », elle nous a décrit l’itinéraire de celui-ci: « Depuis son enfance dans son pays natal, où il vécut la tragédie de son peuple à travers celle de sa famille, en passant par l’orphelinat, l’usine, son travail acharné d’autodidacte, et, enfin, ses activités de militant arménien, communiste puis résistant, pour arriver jusqu’à l’ultime sacrifice, celui de sa vie. On se rend compte à sa lecture que le parcours de Manouchian ne constitua qu’une trop courte illustration d’un combat pour sa propre dignité, c’est-à-dire pour la dignité de tous les hommes Témoignage émouvant, livre d’une poignante vérité, ce récit a inspiré le film « L’affiche rouge » de Robert Géduigian.

Tombe

Missak Manouchian est né en Turquie, enfant, il perd son père lors du génocide arménien de 1915, et sa mère meurt quelque temps après, victime de la famine.

Lui et son frère sont sauvés par une famille kurde qui les recueille. À la fin de la guerre, il est pris en charge par la communauté arménienne et transféré avec son frère dans un orphelinat au Liban. Missak débarque à Paris en 1925.

Très vite, il s’intéresse à la littérature française et arménienne, il s’inscrit à la Sorbonne comme auditeur libre et y suit des cours de littérature, de philosophie, d’économie politique et d’histoire.

Mélinée et Michak étaient deux êtres dont le sort avait été le même dans la vie, ayant bu jusqu’à la lie le sel et l’âpreté d’être orphelins et toutes les privations qui ont été les leurs, comme le notera Missak à propos de leur enfance brisée.

Dans Miroir et moi, il écrira ces quelques vers qui évoquent « ce sel et  cette ’âpreté bue jusqu’à la lie » : Comme un forçat supplicié, comme un esclave qu’on brime
J’ai grandi nu sous le fouet de la gêne et de l’insulte,

Me battant contre la mort, vivre étant le seul problème…

Quel guetteur têtu je fus des lueurs et des mirages !

Missak adhère au Parti communiste ainsi qu’au Comité de secours pour l’Arménie soviétique dont il devient le rédacteur en chef..

En 1941, il est entre dans le militantisme clandestin au sein de la MOI clandestine (sous l’autorité du partie communiste). Il devient le responsable politique de la section arménienne. Il tisse des liens  avec Micha et Knar Aznavourian, sympathisants communistes, engagés dans la Résistance (les parents de Charles Aznavour).

En juillet-août 1943, il devient commissaire militaire des FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans-Main-d’Oeuvre Immigrée) de la région parisienne sous le commandement de Joseph Epstein, juif polonais.

La Brigade spéciale n°2 des Renseignements généraux français a mené à bien à partir de mars 1943 une vaste filature qui aboutit au démantèlement complet des FTP-MOI parisiens à la mi-novembre avec 68 arrestations dont celles de Manouchian et Joseph Epstein.

Au matin du 16 novembre 1943, Manouchian est arrêté en gare d’Evry Petit-Bourg. Mélinée parvient à échapper à la police. Les mebres du réseau Manouchian furent tous livrés aux Allemands qui exploitèrent l’affaire à des fins de propagande et les exécutèrent après un simulacre de jugement.

*** L’affiche rouge par Léo Ferré:  www.youtube.com/watch?v=6HLB_EVtJK4

***** http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/manouchian.html

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Un commentaire

  • magnifique compte-rendu. on devine tous ceux qui auraient grand besoin de le lire, et en même temps on est un peu désespéré de savoir que trop passeront à côté.
    la mémoire devient inexistante même pour les familles d’individus concernés.
    Les derniers événements sont le révélateur de cette absence totale de cervelle.


Elrik Fabre-Maigné Plus d'articles de