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Symphonie humaine

17 Nov Publié par dans Théâtre | 1 comment

Codirecteur du théâtre Le Hangar, Didier Roux dirige avec « Perdre connaissance » un chœur de treize acteurs engagés qui dessinent un paysage poétique de corps et de mots.

Perdre connaissance_Didier Roux

Vous qui entrez ici, au Théâtre Le Hangar, perdez toute connaissance du théâtre. Abandonnez à l’entrée vos repères que ce soit en terme de narration, de personnages, de psychologie ou de dramaturgie. « Perdre connaissance », la dernière création de Didier Roux, comédien, metteur en scène et codirecteur du Théâtre Le Hangar, propose au spectateur de s’abandonner et de s’immerger dans une expérience aux confins du théâtre, de la danse et de la performance.

Treize comédiens et comédiennes investissent un plateau nu où sont disposées quelques chaises. Lentement puis frénétiquement, d’abord en solo, puis en duo, en trio, enfin en chœur, ils tracent en tous sens l’espace scénique de lignes et de trajectoires, marchant, courant, se frôlant les uns les autres ou s’empoignant à bras le corps, déplaçant les chaises et jouant avec elles comme de véritables partenaires. Ils font émerger une symphonie gestuelle, rythmée en différents mouvements : adagio, andante, allegretto, presto…

De ce ballet de corps, se fait aussi entendre une partition textuelle sous forme de monologues, ici et là – jaillissements de poésie sonore ou de pensées automatiques, parfois énoncés avec cette rigidité que l’on rencontre chez Claude Régy, parfois en un seul souffle, à la vitesse d’un marathon, ou bien encore chantés ou psalmodiées, en français ou en anglais. Ces flux de paroles, comme des pages arrachées en direct à l’intériorité de chacun, font affleurer une multitude d’histoires de vies et composent une fresque humaine colorée, contrastée.

De cette choralité d’improvisations gestuelles et orales résulte un spectacle aléatoire et fragile, mais excitant, soutenu par une bande sonore hétéroclite, allant de Maria Callas à The Cure, en passant par Robert Wyatt – chaque morceau impulsant des dynamiques variables. On comprendra alors aisément qu’aucune représentation ne ressemble à la précédente, ni à la suivante, chacune dépendant des énergies physique et mentale mises en tension sur le plateau, perméables aux évènements extérieurs ou personnels.

« Perdre connaissance » mérite bien son titre : aucun objet artistique antérieur ne pouvant tenir lieu de référence et de comparaison, on se posera davantage de questions en sortant qu’en entrant. Ce qui est déjà beaucoup. On pourrait citer pour définir le projet de Didier Roux, le philosophe et écrivain toulousain Michel Cazenave : «La poésie, ne serait-ce tout simplement de dire avec des mots ce que les mots ne peuvent pas dire ?». Comme en poésie, chaque spectateur entretiendra avec cette proposition inédite et singulière, un rapport intimiste.

Certes, « Perdre connaissance » pourra en dérouter plus d’un. Mais la réussite de cette création réside en sa prise de risque par un collectif d’acteurs et d’actrices très investis et concernés, ce qui la rend forcément passionnante.

Sarah Authesserre
une chronique de Radio Radio

Jusqu’au 21 novembre, au Théâtre Le Hangar,
11, rue des Cheminots, Toulouse. Tél. : 05 61 48 38 29.

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Un commentaire

  • minok dit :

    Bravo pour votre article sur Perdre connaissance. J’ai ressenti la même chose que vous devant ce spectacle, mais je n’aurai pas su en parler aussi bien !


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