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La France qu’on aime (2)

15 Nov Publié par dans Littérature, Opinions | Comments

Daniel Rondeau : enraciné et cosmopolite

Ce samedi, l’écrivain Daniel Rondeau a reçu le prix Jacques Audiberti de la ville d’Antibes pour l’ensemble de son œuvre. Consécration logique puisque ce prix récompense une œuvre d’inspiration méditerranéenne et que Rondeau a consacré de beaux textes à Carthage, Alexandrie, Malte ou au Liban. «Elle nous a transmis la part d’Orient qui vit en chacun de nous, identité et universalisme», écrit celui dont l’ouverture au monde (il faut lire également ses livres sur Tanger et Istanbul) se marie à un profond enracinement dans le vieux pays. Car Rondeau, né en 1948 en Champagne dans une famille d’instituteurs laïcs, non pratiquants, croyants, et de modestes vignerons, catholiques pratiquants, n’a jamais cessé d’être – malgré ses multiples «vies» – un homme de l’Est, un champenois qui passe la moitié de l’année dans sa ferme de Commercy.

Daniel RondeauA vingt ans et des poussières, militant maoïste, Rondeau procède à son «établissement» : il va travailler dans des usines de Lorraine. Pendant cinq ans… Une expérience qui eût sa part d’exaltation mystique. «Nous étions entrés dans les usines avec notre orgueil dans la poche. Nous avions rabaissé notre caquet. Dépouillés de tout, pauvres comme Job, nous avions fait montre de solides vertus, à la française, pour conquérir le ciel sur la terre», se souvient-il dans L’Enthousiasme paru en 1988. Par la suite, devenu journaliste, écrivain, éditeur, il ne se départira jamais d’une certaine idée de la France qui imprègne son journal intime Vingt ans et plus (1991-2012). Nostalgique de l’épopée de la France Libre et de la geste gaullienne et des temps, Rondeau ressent un «chagrin français», chagrin causé par la vision de notre pays s’écartant «chaque jour un peu plus de son histoire». «Tous les Français avaient autrefois un fond de morale (d’idéal) en commun. Saint Vincent de Paul, Voltaire, Lacordaire, Victor Hugo, Péguy, Jaurès pour aller vite. Français de toujours et naturalisés d’hier trempaient leurs styles et leurs principes dans une vision commune. Ni l’écume de la bagatelle gauloise ni la lame des épreuves n’avaient entamé, jusqu’à la Première Guerre mondiale, l’épicentre des qualités françaises», note Rondeau en 1992.

Vingt ans plus tard, il constate : «La France reste un grand pays, lesté d’une langue, d’une Histoire, d’une certaine idée de la liberté, d’une culture, toujours attendu, mais nous sommes en train de sombrer, et nous nous lamentons dans nos fauteuils sur le pont supérieur en buvant du champagne.» Pourtant, celui qui se définit comme un «catholique errant» (une expression de Joyce) refuse de céder au renoncement et aux catastrophes des temps présents. Il faut, par exemple, relire les pages qu’il consacrait dans Malta Hanina, sorti en janvier 2012, aux réfugiés venus de Libye, d’Érythrée, du Congo ou d’ailleurs et dont beaucoup trouvaient la mort dans les eaux de la Méditerranée transformée en gigantesque cimetière invisible. Malgré les tragédies, il perpétue l’allégresse de croire, de faire et d’aimer.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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