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On peut aller à La Binocle les yeux fermés

10 Nov Publié par dans Gastronomie | 1 comment

Fabien Mayer et Chikaike Mitsuya proposent dans leur restaurant qui a ouvert récemment une cuisine simple et très gourmande.

la binocle

Il y a des restaurants qui remettent «l’église au centre du village», comme l’on dit. En l’occurrence, le village est la place Saint-Georges et ses alentours où de très honorables institutions (Chez Emile) dans le registre de la gastronomie classique et des brasseries elles aussi solides sur leurs fondamentaux (le récent Maurice) tirent vaillamment leur épingle du jeu, mais il était temps que la gourmandise bistrotière, proposant aussi bien abats (pieds de porc, rognons de veau…) que produits marins dont on ne se lassera jamais (couteaux, poulpe…), vienne bousculer les habitudes. C’est chose faite, rue Alexandre Fourtanier, depuis juste un mois avec La Binocle ouvert par deux jeunes gens : Fabien Mayer en salle et Chikaike Mitsuya (respectivement 27 et 33 ans). Ils se sont connus à La Cantine du troquet de Christian Etchebest (ne pas confondre avec Philippe…), figure «canal historique» de la bistronomie parisienne. Quelques années à officier dans cet antre du bien manger et bien boire ont forgé les vocations. Après un détour par la Corse, Fabien Mayer retrouve son comparse et ils décident alors d’ouvrir leur propre restaurant. «Pas par besoin,mais par amour du métier», précise Fabien Mayer qui renoue avec le Sud (il est originaire de Pau où il fit ses premiers pas professionnels) en s’installant à Toulouse. Leur objectif : «Proposer des choses simples et travaillées, des produits frais et du local.»

Promesses tenues

Très bien, mais on ne mange pas un CV ou de bonnes intentions. Un déjeuner et un dîner ont permis de confronter les promesses au réel. Résultat : c’est simple et remarquablement exécuté, avec ici ou là une petite touche d’audace bienvenue, comme cette sauce piquante qui fouette joliment les couteaux. Le pied de porc désossé sur son aubergine suscita des applaudissements. Ces deux-là semblaient s’être jurés fidélité et assistance pour le meilleur. Cela fondait dans la bouche, une véritable communion… Quel beau couple ! Le rognon de veau aux amandes, parfaitement cuit, porta l’estocade. On rendit les armes devant un tiramisu robuste et léger à la fois. N’oublions pas la belle assiette de rougets en tempura. Attention ! Pas deux morceaux se battant en duel, mais un beau ban de ces délicieux poissons débarrassés de leurs arêtes qui nous enquiquinent.

La Binocle

Les formules ? À déjeuner : des entrées à 2 € en petite portion, des plats à 14 €, des desserts à 2€. À la carte, on peut trouver selon les jours le traditionnel œuf mayo (4,5 €), mais aussi carpaccio de poulpe (8 €), couteaux (9 €), soupe de panais (7 €), lotte et tomates (18 €), joues de porc façon bourguignonne (18 €), col vert sauce soja et vin rouge (18 ou 32 €, entier), caille farcie au risotto de champignon et au foie gras (16 €). Autre possibilité : une dizaine de places à un comptoir où sont proposées les entrées du jour en portion (de 1,5 à 9 €), des charcuteries et des terrines (notamment de chez Eric Ospital, le must). Quant au menu dégustation, il affiche pour 33 € (et pour toute la table) cinq petites entrées, un poisson, une viande, fromage (de chez Xavier) et dessert tandis qu’une salle peut être privatisée et recevoir de 8 à 16 convives.

La Binocle 1

Côté vin : cela tient très bien la route. Les amateurs de vins naturels apprécieront de belles références (mâcon-chaintré de Valette, morgon de Foillard, côte de brouilly de Christian Pacalet, patrimonio d’Antoine Arena, champagne Drappier, bordeaux de Jean-Pierre Amoreau…). Dans les prochains jours débouleront le pinot noir (28 €) et la cuvée «saveurs printanières» (20 €) de Christian Binner, l’un des meilleurs vignerons d’Alsace, mais des jus comme le buzet du domaine de Pech (26 €) ou le saumur du domaine Chancelle (22 €) permettent déjà d’étancher sa soif sans casser de gros billets. Bref, voici le genre d’adresse que l’on serait tenté de garder pour soi. Cela va être difficile si l’on en croit le bouche à oreille qui remplit La Binocle. Tant pis, enfin tant mieux. Quant à la petite terrasse ombragée dans cette rue calme, elle promet d’être bien agréable les beaux jours et propice à des déjeuners traînant en longueur…

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

La Binocle – 10, rue Alexandre Fourtanier. Ouvert du mardi au samedi : 12h-14h15 / 19h- 22h. Pas de réservations.

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Un commentaire

  • Ben oui, à La Binocle, c’est bon, mais on hésite presque à le dire tellement on redoute l’arrivée rapide de la réser incontournable.
    tant pis on le dit quand même : c’est bon et tellement surprenant!!


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