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Rigoletto ou la malédiction du bossu, le premier opéra de la trilogie ô combien populaire de Verdi

06 Nov Publié par dans Opéra | Comments

Triboulet est de retour au Théâtre du Capitole dans une production de Nicolas Joël qui a fait ses preuves à plusieurs reprises par ses qualités de modestie, de lisibilité, avec une absence totale de parti pris, ce qui est devenu une qualité rare tant les abus de mise en scène font florès par les temps qui courent encouragés par des groupuscules en mal de sensations érotico-scatologiques pour la majorité d’entre eux. Il n’y aura que cinq représentations du Rigoletto de Giuseppe Verdi.

Portrait anonyme de François Ier 

« Le sujet est grand, immense et le personnage principal, une des plus belles et des plus fières créations du théâtre mondial », avait écrit Verdi à son librettiste, Francesco Maria Piave en avril 1850, au moment où il se lançait dans cette adaptation du drame de Victor Hugo, Le roi s’amuse, créé à la Comédie-Française le 22 novembre 1832 sans autre éclat que son interdiction, le lendemain même, par la censure. Mais Verdi est un homme de théâtre, et il a la singulière intuition de la métamorphose que sa musique pourrait opérer, persuadé après son demi-échec avec son quinzième opéra, Stiffelio, de l’importance du discours théâtral dans la musique. Le succès immédiat à la Fenice de Venise le 11 mars 1851 le confirma, après avoir fait quelques concessions à la censure autrichienne qui verrouillait alors La Sérenissime : « L’argument est d’une grande répugnance morale et d’une vulgarité obscène. » Mais il avait tenu bon et, il entrait ainsi d’emblée dans l’ère de la maturité.

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François Ier – Joos van Cleve, entre 1530 et 1535

Si les cinq actes de la pièce ont été condensés en trois, l’original est souvent traduit textuellement. Pour céder aux injonctions de la censure, François Ier, le monarque libertin, est devenu le duc de Mantoue, un frivole, cynique, roublard, qui ne mérite guère d’indulgence. Mais ce n’est plus la frivolité de ses divertissements amoureux qui seront cause de l’acharnement de la fatalité mais plutôt, les moqueries impies de son bouffon – Triboulet rebaptisé Rigoletto – à l’égard du noble Monterone, père bafoué par le duc, et insulté par son bouffon, et qui va proférer la malédiction dès les premières minutes de l’œuvre, malédiction qui est la pièce maîtresse de l’ouvrage.

Daniel Oren (direction musicale)

Une fatalité d’opéra qui fait du bouffon le personnage le plus pathétique au détriment de sa fille, la toute jeune Gilda  – Blanche chez l’écrivain – qui s’offre en sacrifice expiatoire à la place de l’homme qui l’a trahie. Car, ce bouffon de Rigoletto est affligé de trois handicaps : sa fille, à laquelle il porte un amour exclusif, asphyxiant, la réduisant à la clandestinité, à part la fréquentation des offices religieux, sa bosse, sur laquelle ricochent les sarcasmes de la cour du duc de Mantoue, et la malédiction proférée par le noble Monterone, bafoué et insulté en public. Le destin va se charger de manipuler ces éléments pour aboutir à l’accidentel infanticide de Gilda, ou à son suicide ?

Trois rôles principaux qui devront respecter certains traits de caractères pour éviter qu’on ne se retrouve sur scène avec un père qui menace et hurle sa douleur avec des accents de “vilain“, non, Rigoletto ce n’est pas ça, pas plus que sa fille serait une Gilda-poupée, blanche comme le lys, aux intonations virginales, séduite et abandonnée par un duc se rapprochant du premier bellâtre de quartier, ou du braillard paysan faisant ses conquêtes amoureuses à la sortie de l’église.

C’est Daniel Oren qui dirige les débats et mène fosse et plateau. Le chef israélien connaît bien le Théâtre du Capitole et, tout le répertoire italien. Une représentation sera dirigée par Francesco Ivan Campia, qui est son assistant privilégié, en un mot un grand chef en devenir.

Ludovic Tézier (Rigoletto) crédit photo : Eli­e Ruderman

Rigoletto, c’est Ludovic Tézier. Mais, en ses tout débuts, il a été Marullo !! Maintenant, c’est la consécration avec ce rôle-titre pour baryton dramatique verdien par excellence. Le chanteur français est le baryton parmi les plus recherchés, l’un des plus doués et les moins médiatisés de notre époque. Gageons que l’artiste a mûrement réfléchi avant de le mettre à son répertoire, d’une part, et d’autre part, de venir le chanter sur la scène du Capitole, scène qu’il affectionne particulièrement, c’est un secret de Polichinelle…avec bosse ! N’oublions pas sa devise : « Je ne monte pas sur scène pour me vendre. »

L’artiste n’est pas prêt à tout pour faire la une des revues spécialisées et gageons qu’il aurait quelques difficultés à se produire dans une mise en scène de ce cher Calixto Bieito ! Pour plaire à tout prix au public, est-il prêt à trahir la vision qu’il a de son personnage ? On sait que non. Immense styliste, attentif à la ligne et au mot, au phrasé et à la dynamique, je pense qu’il va apporter une dignité insoupçonnée au personnage. De plus, sa fréquentation de certains opéras italiens peut ajouter au rôle une composante belcantiste et une italianita souvent ignorées de nombre de chanteurs. Sa pudeur, si on peut utiliser le mot, le conduira sûrement, plutôt vers retenue et intériorité que vers éructations et sanglots à n’en plus finir, même si Rigoletto pleure. « Io, che pur piangi, or rido… » (Je pleurais tout à l’heure, maintenant, je ris…).

Je suis plus anxieux sur la transformation que devra subir celui qui, bien plus facilement, peut se retrouver en Don Juan ou Wolfram ou Posa ou Oneguine qu’en bossu d’aspect !!

Nicolas Joël

Nicolas Joël

« On ne peut chanter Rigoletto si l’on n’est pas un grand artiste. Ce rôle réclame des qualités de comédien et des ressources vocales gigantesques (…) Aujourd’hui je me réjouis d’avoir à travailler avec Ludovic Tézier sur ce rôle. C’est pour moi un partenaire de longue date et le voir accéder à cet Everest du répertoire pour baryton est pour moi une grande joie. » Nicolas Joël, metteur en scène de cette production, reprise pour cette saison.

Sa fille, Gilda, sera la jeune soprano géorgienne Nino Machaidze qui fait ses débuts sur la scène du Théâtre du Capitole. Le rôle est délicat car l’aisance technique est absolument indispensable, mais ne doit en aucun cas contrarier l’impression de fragilité mêlée de spontanéité associée au personnage. Et, peu à peu, l’innocente amoureuse devra même se convertir en amante héroïque. En un mot, il faut une voix de soprano dramatique d’agilité !

Quant au duc, c’est Saimir Pirgu, jeune ténor albanais, au timbre vigoureux et clair, percutant dans l’aigu, tout à fait ce qu’il faut ici pour chanter le duc de  Mantoue, ce souverain désinvolte, fait de vanité et d’apparence, mais qui doit se signaler aussi par son insolence, et son panache, et un style qui doit malgré tout rester impeccable, et empreint d’élégance et de grâce. L’énergie dissolue du libertin a les traits de la jeunesse et de la séduction. D’entrée, après le Prélude, tout est dit sur le personnage : « le roi s’amuse », et il s’amuse mal.

Michel Grialou

Daniel Oren / Francesco Ivan Ciampa (22 nov.)  direction musicale
Nicolas Joël  mise en scène
Carlo Tommasi  décors, costumes
Vinicio Cheli  lumières

Ludovic Tézier  Rigoletto baryton
Saimir Pirgu  Le Duc de Mantoue tenor
Nino Machaidze  Gilda soprano
Sergey Artamonov  Sparafucile basse
Maria Kataeva  Maddalena mezzo
Cornelia Oncioiu  Giovanna mezzo
Dong-Hwan Lee  Le Comte Monterone basse
Orhan Yildiz  Marullo baryton
Dmitry Ivanchey  Matteo Borsa tenor
Igor Onishchenko  Le Comte Ceprano basse
Marie Karall  La Comtesse Ceprano mezzo
Marga Cloquell  Un Page

Orchestre national du Capitole
Chœur du Capitole Alfonso Caiani  direction
Rigoleto15Théâtre du Capitole

Du 17 au 29 novembre – de 20,5 à à 109 €

 

 

 

 

 

 

–>  Toulouse Espace Culture / L’Afficheur Culturel

 

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