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Les conversations publiques de Beigbeder

26 Oct Publié par dans Littérature | Comments

L’auteur de 99 francs rassemble dans Conversations d’un enfant du siècle une sélection d’interviews qu’il réalisa. Au menu : Houellebecq, d’Ormesson, Finkielkraut, Tabucchi…

Beigbeder

Un livre compilant des interviews d’écrivains, réalisées entre 1999 et 2014, pour la télévision ou la presse écrite : cela sent le recyclage paresseux. On ouvre tout de même. Conversations d’un enfant du siècle commence avec Bernard Frank et s’achève avec James Salter. Antonio Tabucchi et Umberto Eco, Tom Wolfe et Jean d’Ormesson, Jay McInerney et Bret Easton Ellis défilent. Il y a pire compagnie. Beigbeder est doué pour tirer les vers du nez, il confesse même un muet (le regretté Albert Cossery), il amadoue ses sujets. Les apartés, les «bonus», le coup d’œil dans les coulisses donnent leur sel aux échanges.  Finkielkraut n’est pas dupe : «C’est très gentil mais, en fait, ça ne l’est pas vraiment. Avec votre voix, tout paraît gentil, alors que vous vous moquez.»

«My lunettes de natation»

BeigbederD’autres, plus nigauds ou farauds, tombent dans le panneau. BHL livre ses hôtels favoris à l’île Maurice. Ses chemises viennent de chez Charvet et l’ancien «nouveau philosophe» lâche un scoop : «quand je travaille, quand j’écris, c’est généralement nu.» On comprend mieux. De l’inconvénient du rhume de cerveau sur la pensée et l’écriture… Voici encore notre homme s’adressant à son majordome sri lankais : «Harry ? Could you please check with Joëlle my lunettes de natation. Ok, you put them into my bag. Thank you.» Tirade digne de celles de Robert Dalban baragouinant angliche dans Les Tontons flingueurs

Sans surprise, le meilleur dans ce registre de l’inteview est Michel Houellebecq (deux longs entretiens) : intelligent, drôle, subtil et trivial. Un extrait pour la route : «Les critiques littéraires, c’est ça qui m’a rendu définitivement insupportable. J’ai eu un colloque sur moi où j’ai découvert l’université. Je me suis dit : “C’est bon, je suis étudié par l’université, les petits péteux du Nouvel Obs peuvent aller se faire enculer…”». Jean-Jacques Schuhl cite quelques-unes des plus belles lignes de Frédéric Berthet : «J’ai des souvenirs comme des un défilé de mode, une mémoire comme un soir de cocktail, je n’évolue jamais dans ma chronologie sans avoir un verre à la main. Se souvenir, c’est comme sortir.» Pour cela et d’autres choses encore, il faut lire ces Conversations d’un enfant du siècle.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Conversations d’un enfant du siècle, Grasset, 368 p.

photo  Frédéric Beigbeder © Jf Paga-Grasset

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