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Vingt-quatre heures dans la vie d’un couple

18 Oct Publié par dans Littérature | Commentaires

Philippe Lacoche met en scène un homme tentant de retenir celle qui va le quitter. Un suspense sentimental et musical.

Peut-on sauver un couple en vingt-quatre heures ? C’est le défi que se lance Pierre lorsque sa compagne, Géraldine, lui annonce que, cette fois, elle le quitte pour de bon. Elle a «quelqu’un», elle ne l’aime plus. Les habitudes ont chassé la passion. L’histoire est connue. Restons bons amis, lui dit-elle. Comment avait-il pu, lui, modeste journaliste quinquagénaire «pas très beau», séduire cette jeune femme qui lui rappelait Jane Birkin époque Melody Nelson ? Comment ont-ils pu passer six années ensemble, des années plutôt heureuses malgré quelques crises ? La musique y est pour beaucoup. Il l’avait rencontrée dans un bar où elle chantait, lui avait écrit un texte, puis l’avait soutenue dans ses rêves de succès. Car Géraldine, Géa de son nom de scène, se verrait bien en haut de l’affiche.

En attendant, elle se produit au sein de plusieurs formations (dont l’une où Pierre officie à la basse), collectionne les cachets, chante des reprises de vieux tubes yé-yé devant des publics de retraités, d’enfants ou de clients de restaurants. Nous sommes en Picardie, dans le vieux pays, là où Pierre aime respirer «des atmosphères de la France de son enfance ; celles des Trente Glorieuses, d’une France d’avant qu’il aimait tant». Il y a entre les pages de Vingt-quatre heures pour convaincre une femme du formica, du mousseux éventé dans les verres, des campings de stations balnéaires, des cabarets un peu minables, des répertoires de «baloche». Au milieu de ces vies ordinaires, les espoirs de Géa sont touchants car voués à l’échec.

Résister

Philippe Lacoche retrace l’histoire entre le pygmalion resté scotché au rock des sixties (Kinks, Procol Harum…) et la «longue fille blonde» avec la sensibilité qu’on lui connaît. Il y a du Henri Calet ou du Jean Forton chez cet écrivain dont il faut tout lire : des Petits bals sans importance aux Matins translucides en passant par Les Yeux grisDes rires qui s’éteignent ou Un léger désenchantement. La délicatesse du trait n’exclut pas la cruauté, la douceur trempe dans la douleur en congédiant le pathos. Pierre Chaunier / Philippe Lacoche cultive ses souvenirs, ceux des résistants, de Roger Vailland, des femmes aimées, des parties de pêche de l’enfance, de tout ce bonheur que l’on ne savait pas : «Pierre se demandait s’il restait quelque part des photographies de tous ces instants passés, perdues, évaporés. De ce mariage ; des images fanées de ces éclats de rires. Des images sont nécessaires ; des enregistrements des voix, des sons aussi».

On croise dans Vingt-quatre heures pour convaincre une femme des êtres cabossés, des dandys, des artistes décalés comme Patrick Eudeline, Brigitte Fontaine ou Daniel Darc. Lacoche les croque avec l’affection d’un grand frère. Quant à son double romanesque, rejoindra-t-il «le grand troupeau des hommes abandonnés» ? Une chose est sûre, sa «morale» –  «Maintenant, il va falloir résister» – ne s’applique pas qu’aux peines de cœur.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Vingt-quatre heures pour convaincre une femme, Écriture, 315 p.

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