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Alain Monnier, un écrivain doucement subversif

17 Oct Publié par dans Littérature | Commentaires

Le Club Littéraire créé par Philippe Lasterle débutera sa saison 2015/2016 de rencontres (chaque dernier jeudi du mois) en compagnie d’Alain Monnier le 29 octobre à 19h30.

L’occasion pour ce romancier de grand talent (dont il faut lire entre autres, Givrée et Place de la Trinité) d’évoquer son dernier roman, À votre santé Monsieur Parpot (Flammarion), dans lequel il retrouve son personnage emblématique déjà héros (ou anti-héros plus exactement) de trois précédents romans.

La rencontre, suivie d’un repas, aura lieu comme d’habitude au restaurant « La Table du Belvédère » (11 boulevard des Récollets).

Réservation indispensable :  club-litteraire-belvedere@laposte.net

L’écrivain toulousain retrouve avec un nouveau roman, À votre santé, Monsieur Parpot !, son personnage fétiche au gré de péripéties tragi-comiques. Entretien.

Alain Monnier © © D. Ignaszewski - Koboy - Flammarion

Qui est Barthélémy Parpot ?

Barthélémy Parpot est un naïf plein de bon sens qui comprend mal les codes de notre société. Il a la manie d’écrire à tout le monde, il est souvent exaspérant, mais il a surtout une réelle bienveillance pour l’humanité… De par sa méconnaissance des règles et de leurs usages cachés, il se retrouve mis à l’écart, il a du mal à trouver sa place mais il veut bien faire, il s’applique, il met tout en œuvre pour faire partie du monde, pour avoir du travail et une femme pour la vie. Barthélémy Parpot a surtout le talent de toujours voir le bon côté des choses, même lorsqu’il se retrouve dans les pires situations. Il porte en lui une sorte de gai-savoir un peu naïf qui lui dicte d’accepter ce qui lui arrive, puisqu’il n’y a de toute façon pas d’autres choix, et d’éviter la prison des lamentations sans fin.

À sa façon, lunaire et candide, cet inadapté à la vie sociale n’est-il pas – quitte à employer un adjectif galvaudé – un «rebelle» ?

Je dirai plutôt un rebelle passif ou involontaire. Il désigne les travers de notre société à la manière des persans de Montesquieu ou du Candide de Voltaire, mais il n’a aucun projet subversif – aucun projet sinon d’être comme tout le monde. C’est justement en cherchant à être comme tout le monde qu’il démonte certains fonctionnements et rouages du quotidien. Bien sûr, le sort ne l’épargne pas mais il s’en accommode, il sourit, il est sans rancune, il trouve des excuses aux uns et aux autres, il formule des explications sans amertume ni animosité. Il est à cent lieues des revendicatifs et des acrimonieux qui envahissent l’espace public.

Pourquoi avoir choisi pour cette série de romans une forme épistolaire «au sens large» ?

C’est la manière d’écrire qui fonde et donne corps à Barthélémy Parpot. Il n’y a quasiment aucune description de son physique dans les quatre romans dont il est le héros. Son style le décrit entièrement. Son style est le personnage. Il s’exprime avec lourdeur, avec des répétitions, des expressions mal maîtrisées, des fautes sur les pronoms ou les adjectifs possessifs… A partir du moment où pour exister mon personnage doit écrire, la forme épistolaire s’impose. Je l’ai élargie parce que je suis assez fasciné par ce qui peut rester de vie dans un dossier d’archives ou dans une fiche administrative. Lorsque j’ai écrit Signé Parpot, je me souviens que je me demandais quelles traces écrites on pourrait rassembler à la fin d’une belle histoire d’amour : Des notes de restaurant, des lettres (les sms auront été effacés), quelques post-it, des phrases d’un livre soulignées au stylo rouge, un nom sur une boîte aux lettres, des pages d’un journal intime, un billet d’avion…

À votre santé, Monsieur Parpot !, FlammarionCertains de vos romans, comme Survivance ou Je vous raconterai, sont résolument sombres et empreints de pessimisme. Ce nouveau Parpot appartient plutôt à votre veine «rose» même si le personnage y est confronté à la maladie et s’interroge sur la mort…

J’ai en effet alterné les livres sombres et les livres plus légers. Les livres sombres sont beaucoup plus faciles à écrire mais comme la veine nihiliste sur laquelle il est si facile de se laisser glisser ne conduit à rien, j’essaie de défendre une vision plus optimiste… En fait je n’aime rien tant que d’aborder avec légèreté des sujets graves, ou de laisser affleurer dans mes comédies la réalité terrienne de notre condition. Dans ce livre, je parle de la maladie, du cancer, de la fin de vie, du courage, de la peur… mais grâce à Parpot je peux le faire avec une certaine drôlerie et en inversant des points de vue. Mon personnage se réjouit par exemple, parce qu’il est frappé par la maladie, d’être enfin comme tout le monde. A travers l’épreuve du cancer, Parpot nous propose involontairement une sorte de métaphysique optimiste, des réflexions apaisées sur la maladie et la fin de vie, moment précieux où enfin, tous les hommes sont parfaitement égaux…

Le roman a pour décor un certain milieu médical, notamment à travers des psychologues ou des partisans du «droit de mourir dans la dignité». Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce milieu ?

Rien ne m’attire chez les psychologues institutionnels qui classent et décrètent… mais  j’ai voulu mettre en scène tout un cortège de personnages qui jalonnent la grande maladie. Médecins, infirmières, militants de l’ADMD, aumônier, assistante sociale… et bien sûr tous les malades. Par delà les grincheux et les arrogants qui sont faciles à caricaturer, j’ai choisi de mettre en lumière tous les humbles qui se dévouent, tous les minuscules gestes d’empathie… Tous ces soignants qui  ne sont pas là par hasard. J’ai également voulu profiter de cette histoire pour évoquer le monde de la recherche, c’est un milieu que j’ai côtoyé pour avoir organisé de nombreux colloques internationaux, on y rencontre des gens sincèrement investis qui ont le bonheur de vivre aux frontières de nos savoirs. Même si la compétition financière autour de la recherche est de plus en plus rude, même si les actionnaires exigent de la rentabilité immédiate et des résultats à coup sûr, il me semble que c’est un milieu où le désintéressement existe encore, où l’échange et la confrontation des idées restent le vrai moteur des avancées scientifiques.

Il y a dans vos livres, y compris les plus ancrés dans le réel et le présent, une part de conte ou de fable. Que vous apporte ce pas de côté ?

Il est vrai qu’il y a toujours une part de fable dans mes romans. La fable offre une grande liberté narrative, elle permet d’aller sur des territoires que le lecteur peut admettre puisqu’il s’agit d’une convention inconsciemment partagée, une sorte d’entente muette entre l’auteur et le lecteur. Ce territoire de la fable, une fois admis, permet d’aller dans des récits qui illustrent férocement notre monde. Il y a aussi, inhérente à chaque fable, une morale qui en découle. C’est un côté qui peut agacer mais qui personnellement me plaît… La morale permet de se tenir debout et d’installer le respect indispensable à la vie en société… Tous ces individus d’aujourd’hui, arcboutés sur leurs seuls droits, me fatiguent.

Les trois premiers romans mettant en scène Parpot sont rassemblés en poche (1). En avez-vous fini avec ce personnage ?

Parpot m’accompagne depuis plus de vingt ans. J’ai écrit quatre romans avec lui. Un tous les cinq ans ! Je suis loin du système ou de la série qui s’enchaîne. D’ailleurs à chaque fois, je pense en avoir fini, mais lorsque vient l’envie d’aborder un sujet d’envergure – la religion, le handicap, cette fois la maladie – je reviens assez naturellement vers mon personnage qui a le talent de débusquer des travers et qui surtout me permet d’afficher des points de vue que je n’ai pas le goût d’approcher de manière théorique. Parpot m’offre une liberté de parole qui ne m’est pas naturelle… Il n’empêche qu’avec l’édition du Petit monde de Barthélémy Parpot en poche, ce personnage occupe désormais une place singulière dans ce que j’ai écrit. Je crains fort qu’il y ait beaucoup de Parpot en moi !

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

À votre santé, Monsieur Parpot !, Flammarion, 215 p.
(1) Le petit monde de Barthélémy Parpot, J’ai lu, 608 p.

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