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Peckinpah, à voir ou à revoir…

12 Oct Publié par dans Cinéma | Comments

Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia (1974)

Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia

Au Mexique, un parrain local promet un million de dollars à celui qui lui apportera la tête d’un séducteur de passage ayant engrossé sa fille. Des tueurs à gages abondent, mais un pianiste de bar minable, Bennie, se lance dans la chasse à l’homme avec sa compagne qui fut la maîtresse d’Alfredo Garcia. Celui-ci est mort et enterré ? Peu importe, sa tête suffira… D’une simplicité renouant avec les grands récits mythologiques, le scénario vire à la fable en faisant du périple de Bennie dans la poussière, la crasse et le sang une plongée au cœur d’un monde en décomposition où même les églises sont le théâtre du Mal. Au gré d’une violence outrancière, sauvage, primale, montant crescendo, Sam Peckinpah peint une société archaïque où la modernité ne fait qu’ajouter à la bestialité des hommes et où l’argent est la main du Diable. Plus rien de sacré ici-bas ? Pas si simple car la folie morbide et le nihilisme qui semblent habiter le héros (magistralement interprété par Warren Oates) cèdent le pas à la quête d’une rédemption. Il faut voir et revoir ce film qui prend place parmi les plus grandes réussites du réalisateur. Impressionnant.

Tueur d’élite (1975)

Tueur d'elite

Rééditée récemment en deux DVD proposant la version cinéma et la version director’s cut, cette œuvre mineure mérite d’être redécouverte. Car si Tueur d’élite déroute par son scénario parfois confus et un humour lourdaud qui marquent la volonté de Peckinpah de détourner un film de commande de chemins trop balisés, il distille des originalités qui en font le prix. Le point de départ est pourtant basique : Mike Locken, travaillant pour une officine œuvrant auprès de la CIA avec son ami George Hansen, est trahi par ce dernier. Le désir de vengeance va être pour Locken la meilleure des rééducations et quand ses anciens employeurs lui proposent de reprendre du service, il aura la bonne surprise de croiser la route d’Hansen… Tueur d’élite séduit d’abord par le tandem James Caan / Robert Duvall épaulé par des seconds rôles parfaits (Bo Hopkins, Burt Young…) et un final hallucinant où l’on règle ses comptes (avec le renfort de ninjas !) sur une base navale déserte.

Croix de fer (1977)

croix de fer

Il n’y avait qu’un anar au sang indien comme Sam Peckinpah pour avoir l’audace de planter sa caméra du côté des soldats de la Wehrmacht et de faire de certains d’entre eux des personnages positifs… Si le cinéaste exècre l’idéologie nazie et si son film est aussi une dénonciation de la folie nihiliste du Troisième Reich, Croix de fer n’est pas une banale œuvre pacifiste ou antifasciste. Sur le front de l’Est en 1943, tandis les Allemands subissent l’avancée de l’Armée Rouge, on suit l’affrontement à distance entre deux officiers : une forte tête (génial James Coburn) détestant ce qu’il doit pourtant défendre et un aristocrate (Maximilian Schell) décidé coûte que coûte à décrocher une Croix de fer. Les aventures du groupe de soldats filmés au plus près tiennent plus de l’opération de survie que de l’épopée héroïque. Peckinpah signe un chef-d’œuvre où son romantisme du dernier carré, traversé par un humour noir glaçant, vire au désespoir.

Osterman week-end (1983)

Osterman week-end

Adapté d’un roman de Robert Ludlum, Osterman week-end met aux prises un présentateur de journal télévisé, John Tanner, avec des agents de la CIA qui lui révèlent que ses trois meilleurs amis sont liés au KGB. Grâce à l’aide de Tanner qui a accepté que sa maison soit truffée de caméras et de micros, le prochain week-end qu’ils vont passer ensemble doit permettre de démasquer les traîtres… Dernier film de Sam Peckinpah, qui mourra à l’âge de cinquante-neuf ans en 1984, Osterman week-end est une œuvre étonnement visionnaire et revoir aujourd’hui ce film réalisé une quinzaine d’années avant le règne d’Internet, de la télé-réalité et de la société de surveillance impressionne encore plus. Si Peckinpah est littéralement au bout du rouleau lors du tournage, il trouve néanmoins les ressources pour transformer cette commande en une création personnelle. De l’époustouflante scène d’ouverture au plan final (allégorie des adieux du cinéaste au septième art autant que de la passation de pouvoir entre le cinéma et la télévision), Osterman week-end regorge de trouvailles et bénéficie d’un casting de haut vol (Rutger Hauer, John Hurt, Graig T. Nelson, Meg Foster, Dennis Hopper, Helen Shaver, Burt Lancaster). Avec cette peinture d’une société gangrenée par le mensonge, la manipulation et la paranoïa, Peckinpah déploie une fois de plus sa critique radicale de la modernité et de la technique.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Cinémathèque - Sam PeckinpahCinémathèque de Toulouse
cycle Sam Peckinpah
du 13 au 29 octobre 2015

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