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Tout Peckinpah !

11 Oct Publié par dans Cinéma | Commentaires

La Cinémathèque de Toulouse programme du 13 au 29 octobre l’intégrale des films de Sam Peckinpah. À ne pas manquer.

Sam Peckinpah

Sam Peckinpah : ces quatre syllabes sonnent déjà comme des balles. Il a fait entrer le ralenti et le jet d’hémoglobine dans la grammaire cinématographique. Sans lui, pas de Quentin Tarantino. Il a aussi influencé Martin Scorsese, Michael Mann, John Carpenter, John Woo, d’autres encore. Ce n’est pas rien. À travers ses images, on entend un ricanement : celui d’un grand désespéré persuadé que la violence et la sauvagerie sont les choses les mieux partagées. L’histoire de l’humanité ne semble pas lui donner tort.

Romantisme crépusculaire

Son nom reste indissociable du western dont il a dynamité le livre d’images créé par Ford, Hawks, Walsh, Mann (Anthony) et les autres en le trempant dans la boue et la poussière. Entre naturalisme et baroque débridé, Coups de feu dans la Sierra (1962), Major Dundee (1965) et La Horde sauvage (1969) ont démythifié la légende. Ne pas négliger Un nommé Cable Hogue (1970), le magnifique Pat Garrett et Billy le Kid (1972) avec Bob Dylan dans un second rôle et à la composition de la bande-originale comprenant Knockin’ On Heaven’s DoorNew Mexico, son premier film réalisé en 1961 et qui sortit en France en 1977, devenu quasiment invisible depuis, fut également sa première incursion dans le genre. Pour autant, Peckinpah, ce n’est pas que le western. Les Chiens de paille (1971), Guet-apens (1972), Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia (1974) ou Croix de fer (1977) le démontrent brillamment.

Guet Apens © Warner Bros

Changements de décors, mais pas de propos tant quasiment tous ses films sont des œuvres crépusculaires mettant en scène les ultimes représentants d’un monde voué à disparaître. D’où le choc entre la modernité et l’archaïsme au cœur de sociétés littéralement sans repères : automobiles et mitrailleuses font irruption dans le western, on se trucide avec des sabres, des arcs ou des pièges à loups à l’époque contemporaine. Être anachronique, souvent vieillissant, «professionnel» et aventurier à la fois, le héros de Peckinpah porte avec lui le romantisme du dernier carré. Il affronte le pouvoir (sous toutes ses formes) et les institutions en sachant que le combat est perdu d’avance. La fidélité, l’amitié, l’honneur, la trahison et la vengeance ne sont pas absents de ces histoires teintées de désenchantement et de mélancolie.

Tragédies antiques

Cinémathèque - Sam PeckinpahÉvidemment, tout cela se fit dans la douleur. De son premier film à son dernier, Sam Peckinpah (1925-1984) ne cessa de se battre (au figuré comme au sens propre…) avec les studios, les producteurs, les acteurs… Les tournages n’étaient pas des parties de campagne. L’alcool et les drogues que le metteur en scène consommait en quantité hallucinante n’arrangeaient rien. On mutila ses films, on les remonta dans son dos, parfois même la censure s’en mêla, mais «Bloody Sam» continuait à tourner des œuvres sauvages, dérangeantes (on ose à peine écrire cet adjectif aujourd’hui si galvaudé), fascinantes.

Les critiques ne l’épargnèrent pas non plus. La célèbre Pauline Kael décréta que Les Chiens de paille était le «premier film américain qui soit une œuvre d’art fasciste». Apologie de la violence, misogynie : les motifs d’inculpation ne manquaient pas. Il faut dire que ni les femmes ni les enfants n’échappent à sa vision noire de la nature humaine. Chez Peckinpah, personne n’est innocent, le Mal est partout, la cruauté aussi, Dieu est un sadique. Ne reste alors comme rédemption qu’un baroud d’honneur où la liberté et le salut se reconquièrent au prix du sacrifice ultime. Ce qui donne à ses plus grands films des airs de tragédies antiques.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Cinémathèque de Toulouse

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