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Hommes des années quatre-vingt

01 Oct Publié par dans Littérature | Comments

Dans Les uns contre les autres, Franck Maubert ressuscite la fin des années quatre-vingt et les nuits parisiennes.

Les uns contre les autres

«En cette fin de décennie, il y a bien un miracle de la Nuit, pour faire que l’Argent, la Mode, la Rue, le Journal et même l’Université s’étourdissent ensemble et conjuguent leurs talents en accouchant de ce paradoxe : un équilibre festif, aimable boudoir de la “société tertiaire de services” qui allait bien vite devenir celle de l’ennui, de l’esprit d’imitation, de la lâcheté», écrivait Gilles Châtelet en 1998 dans Vivre et penser comme des porcs, à propos du mythique Palace de Fabrice Emaer à la fin des années soixante-dix, voyant là les prémices de la grande révolution libérale-libertaire à venir. Les uns contre les autres de Franck Maubert débute dans une autre boîte de nuit célèbre, Les Bains Douches (baptisés ici Les Lumières) et se situe exactement dix ans plus tard. Le ton et la manière du roman sont évidemment différents de ceux du philosophe disparu en 1999, mais le propos est assez voisin.

Alors que le journal pour lequel il travaillait vient de disparaître, Moby s’apprête à mettre ses talents au service d’un jeune présentateur de télévision ayant imposé un style décalé et agressif. L’émission, mêlant people et «culture désacralisée», sera diffusée sur La Cinq, chaîne confiée par le pouvoir socialiste à Jérôme Seydoux et Silvio Berlusconi. Si l’on peut reconnaître dans Les uns contre les autres des personnages réels (Thierry Ardisson, Hubert Boukobza, Christian Lacroix ou Etienne Roda-Gil), Franck Maubert, prix Renaudot de l’essai pour Le Dernier Modèle, ne tombe pas dans les facilités du roman à clés. Il décrit un monde où l’argent et la drogue coulent à flots, où les nuits répètent leurs rites immuables entre alcool et chair triste. Une époque est sur le point de s’achever, une autre de naître. La dérision et le cynisme vont tout emporter dans des médias qui dicteront les modes et les comportements. L’écrivain restitue des petits matins bleus, des corps las et des cœurs lourds avec la sérénité désenchantée d’un survivant et des accents fitzgéraldiens.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Les uns contre les autres, Fayard, 215 p.

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