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Les Tontons flingueurs

14 Sep Publié par dans Cinéma | Commentaires

Quelle destinée que celle du film de Georges Lautner dialogué par Michel Audiard… Qui aurait imaginé qu’un peu plus d’un demi siècle après sa sortie, cette comédie serait devenue une œuvre-culte, sans cesse diffusée à la télévision (plus de sept millions de téléspectateurs en 2013!) et rééditée en DVD, projetée dans les cinémathèques et dont les répliques et certaines scènes (nul besoin de rappeler les unes comme les autres) pourraient être récitées par des foules de fans ? Car, si contrairement à une légende tenace, Les Tontons flingueurs récolta un succès public en salles (3 300 000 entrées) et fut même bien accueilli par la critique (à de très rares exceptions) ; le film ne semblait cependant guère promis à une telle postérité.

Les Tontons Flingueurs

Le cinéma de Lautner et d’Audiard incarna longtemps un cinéma populaire, dit encore du «samedi soir», où les mots d’auteur et les numéros d’acteurs visaient le pur divertissement, comptaient plus que l’inventivité de la mise en scène ou que la finesse du scénario.

Il faudrait faire œuvre d’historien du cinéma et de sociologue pour percer toutes les raisons de la consécration des Tontons flingueurs en classique, mais celle-ci semble assez récente et dater d’une vingtaine d’années. Ainsi, quand le film fut diffusé à la télévision en version colorisée à la fin des années quatre-vingt, la polémique porta sur le procédé et non sur la qualité de l’œuvre. Il faudra encore attendre pour que la libre adaptation du roman d’Albert Simonin, Grisbi or not grisbi, s’inscrive dans la mémoire collective et la culture populaire. Or, cette appropriation s’est faite «par le bas» au gré des rediffusions, de la transmission familiale, des conversations de bistrot et des parties de rigolade ; pas «par le haut», par les universitaires ou les critiques disséquant l’art du tandem Lautner / Audiard ou le jeu d’Henri Lefebvre…

Ne pas en demander plus aux Volfoni qu’aux fils de Charlemagne

Les Tontons flingueursPourquoi Les Tontons flingueurs est-il si adulé aujourd’hui ? Sans doute parce qu’il représente des choses qui n’existent plus comme cette France en noir et blanc dont la langue, apparemment populaire et argotique, plonge ses racines dans un vieux fond culturel, historique et littéraire constitutif du roman national. De quoi parle Les Tontons flingueurs ? Pas seulement de beuverie et de bourre-pifs, mais du pouvoir et de sa transmission, de la souveraineté et de la légitimité, de régence (le «roi» Louis est mort, il faut assurer sa succession), du réveil des féodalités et de la collecte des impôts… Au fil de dialogues étincelants, Audiard convoque encore Charlemagne, le Saint-Empire romain germanique, la retraite de Russie, l’assassinat de l’archiduc d’Autriche, la bataille de Stalingrad, Vichy, la Résistance, l’Indochine, l’«american way of life», la guerre froide et la détente… Evidemment, cela finit dans une église. Toute une époque. Nostalgie de la France d’avant pas morte.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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