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Sur la piste de Ford et des Navajos

05 Août Publié par dans Cinéma, Littérature | Commentaires

Un livre d’Arnaud Balvay et Nicolas Cabos retrace la longue histoire entre John Ford et les Indiens navajos qu’il fit tourner dans ses plus grands westerns.

John Ford et les Indiens

Les westerns de John Ford étaient-ils pro-Indiens ou anti-Indiens ? Reproduisaient-ils les stéréotypes racistes longtemps en vigueur à Hollywood, avant que des films comme La Flèche brisée ou Bronco Apache ne donnent une autre image des Amérindiens, ou bien ouvrirent-ils la voie à une vision moins manichéenne de l’histoire de l’Ouest?? Ils furent les deux, alternativement ou simultanément, répondent Arnaud Balvay et Nicolas Cabos dans John Ford et les Indiens. Les auteurs rapportent les mots éclairants de ce fils d’immigrés irlandais : «Qui mieux qu’un Irlandais pourrait comprendre les Indiens tout en étant quand même ému par les histoires de la cavalerie ? Je suis des deux côtés de l’épopée.»

Mais leur propos est plus vaste, s’attache à «la relation particulière que le cinéaste a entretenue pendant près de trente ans avec les Indiens et, plus particulièrement, avec les Navajos», revient sur les dix films que Ford tourna avec eux de la fin des années trente au début des années soixante (à savoir : La Chevauchée fantastique, La Poursuite infernale, Le Massacre de Fort Apache, La Charge héroïque, Le Convoi des braves, Rio Grande, La Prisonnière du désert, Le Sergent noir, Les Deux Cavaliers et Les Cheyennes), sans oublier bien sûr l’incroyable théâtre de Monument Valley que le cinéaste tenait pour «le plus bel endroit sur terre, le plus complet, le plus paisible» et qu’il transforma en mythologie américaine.

Frère de sang

Œuvre de cinéphiles autant que d’historiens, John Ford et les Indiens part à la rencontre de ces Navajos, que le réalisateur fit passer de figurants au rang d’acteurs (John Stanley, Hosteen Tso, Many Mules…), et de leurs descendants. Même s’ils n’étaient pas crédités aux génériques, ils participèrent à des classiques du cinéma qui leur permirent aussi, de manière plus prosaïque, d’améliorer leurs conditions matérielles.

Arnaud Balvay et Nicolas Cabos balaient légendes et rumeurs, n’occultent pas les contradictions ou les paradoxes de celui que les Indiens nommaient «big boss», ne négligent pas les anecdotes. Cette variété des registres est l’un des bonheurs de lecture d’un ouvrage érudit, admiratif mais lucide, parfois émouvant, qui donne envie de se replonger dans ces westerns. «Plus que le fait d’avoir reçu des Oscars, ce qui compte pour moi, c’est d’avoir été fait frère de sang de différentes nations peaux-rouges», déclara Ford. Bel hommage.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

John Ford et les Indiens, éditions Séguier, 300 p.

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