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Au cœur des ténèbres

31 Juil Publié par dans Cinéma | Comments

Dans Le Convoi de la peur, quatre aventuriers n’ayant rien à perdre sont chargés de conduire des camions chargés de nitroglycérine à travers une jungle sud-américaine.

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Du classique de Henri-Georges Clouzot, Le Salaire de la peur, Palme d’Or à Cannes en 1953, William Friedkin n’a conservé que la trame principale : quatre «soldats perdus» lancés en Amérique du Sud dans le convoyage de deux camions bourrés d’explosifs. Pour le reste, loin de signer un banal film d’action ou d’aventure, le cinéaste a privilégié une approche esthétique alliant abstraction et incarnation à l’image des trois «prologues» présentant les protagonistes. Victor Manzon (Bruno Cremer) est un banquier véreux rattrapé par ses magouilles. Petit escroc du New Jersey, Jackie Scanlon (Roy Scheider) a sa tête mise à prix par des truands après un braquage raté tandis que Kassem (Amidou), terroriste palestinien, a les services israéliens aux trousses. Quasiment sans dialogues, ces scènes d’introduction sont bluffantes autant par leur traitement behavioriste que par les changements brutaux de décors.

Autre théâtre : un village poisseux et misérable d’Amérique du Sud où l’on retrouve les trois desperados travaillant pour une raffinerie de pétrole. Un tueur, Nilo (Francisco Rabal), les rejoint dans une mission richement payée qui a tout de l’opération suicide : conduire deux camions chargés de nitroglycérine nécessaire au redémarrage de la raffinerie dévastée par un incendie… Pour quitter leur purgatoire de poussière et de crasse, ils vont se jeter dans l’enfer vert de la jungle.

Physique et métaphysique

À son habitude, William Friedkin filme le Mal. Le titre original du Convoi de la peur (Sorcerer, Sorcier en français, en hommage au disque éponyme de Miles Davis) cerne mieux le propos du cinéaste qui s’est entouré de Walon Green (scénariste de La Horde sauvage de Sam Peckinpah) pour raconter cette plongée au cœur des ténèbres. Le Diable rôde en effet. Il prend le visage d’une statue inquiétante, d’une multinationale, de policiers corrompus, de bandits de grands chemins, de tueurs, d’hommes en quête de salut.

Le choix de l’Amérique du Sud pour planter le chemin de croix des personnages n’est évidemment pas innocent, mais Friedkin n’alourdit pas Le Convoi de la peur de considérations politiques ou historiques encombrantes. L’argent, la cupidité, la violence n’ont pas de pays. Ils règnent partout où ils le peuvent. Traversé par une tension hypnotique, cette épopée grandiose et dérisoire comprend de grands moments de cinéma comme la mythique scène du pont. De la musique de Tangerine Dream aux acteurs (tous excellents), Le Convoi de la peur demeure près de quarante ans après sa réalisation une œuvre fascinante, une expérience aussi physique que métaphysique. Et c’est ainsi que Friedkin est grand.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Le Convoi de la peur de William Friedkin avec Roy Scheider, Bruno Cremer, Amidou, Francisco Rabal. Durée : 2 h. Jusqu’au 11 août à l’Utopia Toulouse.

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