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Orson Welles se met à table

22 Juin Publié par dans Cinéma, Littérature | Commentaires

Un livre rassemble les conversations du génial cinéaste avec son ami Henry Jaglom. Au menu : anecdotes, perfidies et propos incorrects.

Orson Welles et Henry Jaglom

De 1983 à 1985, Orson Welles et son ami Henry Jaglom, cinéaste britannique, déjeunèrent chaque semaine au célèbre restaurant Ma Maison de Los Angeles. Ces conversations, intégralement enregistrées, devaient servir de base à l’autobiographie du réalisateur de Citizen Kane, mais sa mort, en octobre 1985, mit fin au projet jusqu’à ce que le journaliste et essayiste Peter Biskind, auteur notamment du Nouvel Hollywood, convainque Jaglom de publier les entretiens.

Ce document brut aurait mérité un vrai travail éditorial, un découpage par thèmes, un toilettage tant tout a été consigné, y compris des propos totalement sans intérêt (les rhumatismes du maître, les problèmes gastriques de son chien Kiki, des échanges avec les serveurs…). Sinon, Welles a la dent dure. Les ragots et les jugements au vitriol ne manquent pas. Woody Allen ? «Il a le syndrome Chaplin, un mélange particulier d’arrogance et de timidité qui me fait grincer des dents.». Laurence Olivier ? «Il  est gravement stupide». Hitchcock ? «Déjà sénile longtemps avant sa mort». Bogart ? «Un acteur de second rang». Celui qui est peut-être le plus grand cinéaste de l’Histoire a plus d’indulgence envers ceux qui, comme lui, sont devenus des parias à Hollywood.

En tête à tête avec Orson, Robert LaffontDes généralités et considérations ethniques lui vaudraient aujourd’hui quelques problèmes : «les Sardes ont les doigts courts et boudinés, les Bosniaques n’ont pas de cou…». Les Hongrois reçoivent leur part, mais la France n’est pas oubliée : «le seul pays au monde où des acteurs vieux et laids peuvent être des stars». Se définissant comme «un fieffé réactionnaire», il confesse : «je n’ai jamais eu le moindre problème avec les types d’extrême droite. Je les ai toujours trouvés énormément sympathiques, à tous égards, excepté leurs idées politiques. Ils sont généralement beaucoup plus agréables que les gens de gauche.» L’artiste apparaît irascible, puéril, délirant, capricieux, paranoïaque. Peu importe, il nous a laissé Citizen KaneLa Splendeur des AmbersonOthelloLa Dame de ShanghaiMr ArkadinLa Soif du MalLe ProcèsFalstaff… Quand on demandait à Godard ce que Welles avait apporté au cinéma, il répondait : «Tout le monde lui devra toujours tout.» Ça n’a pas changé.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

En tête à tête avec Orson, Robert Laffont, 368 p.

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