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Les vies d’Anjelica Huston

01 Juin Publié par dans Cinéma, Littérature | Commentaires

L’actrice publie son autobiographie dans laquelle son père John Huston et Jack Nicholson, dont elle partagea longtemps la vie, sont parmi les fils rouges.

Anjelica Huston

«Il y a plein d’autres choses à faire devant un miroir que s’extasier sur sa propre beauté», écrit Anjelica Huston dans le prologue à Suivez mon regard. Il faut rendre grâce la comédienne de nous épargner le narcissisme dont souffrent tant de ses congénères. On comprend d’ailleurs à la lecture du livre que le fait d’avoir été la fille d’un homme et d’un artiste hors-normes n’est pas pour rien dans sa modestie. Lorsque la petite Anjelica voit le jour le 8 juillet 1951 à Los Angeles, son père tourneAfrican Queen au Congo belge. Avant de rencontrer Enrica Soma, danseuse classique âgée de 18 ans quand le cinéaste en a 45, le réalisateur du Faucon maltais et du Trésor de la Sierra Madre a déjà trois mariages à son actif. À sa troisième épouse qui lui fixa un ultimatum («John, c’est le singe ou moi !»), il rétorqua : «Je suis désolé, mon chou, pas question de me séparer du singe.» Il épouse donc Enrica Soma, lui fait deux enfants dans la foulée (Tony et Anjelica) et la trompe aussitôt avec Suzanne Flon qu’il fréquentera jusqu’à la fin de sa vie…

Si ce père «bigger than life» occupe naturellement bien des pages dans l’autobiographie de sa fille, celle-ci trouve la bonne distance pour décrire avec admiration, tendresse, amour et lucidité un homme qui pouvait parfois se montrer aussi égoïste qu’odieux. Du manoir irlandais de St Clerans où Huston a installé sa famille en 1953 au Swinging London des sixties, on suit les premiers pas de la jeune Anjelica qui devient mannequin et pose pour les plus grands photographes du moment : David Bailey, Richard Avedon, Helmut Newton ou Bob Richardson avec lequel elle connaît une liaison ombrageuse. À Los Angeles, en 1973, elle rencontre Jack Nicholson. Suit une longue et tumultueuse relation tandis que l’acteur enchaîne quelques-uns de ses rôles les plus marquants (ChinatownProfession : reporterVol au-dessus d’un nid de coucousShining…). Celui-ci ne brille pas par sa fidélité. De son côté, elle tombe sous le charme de Ryan O’Neal. Mauvaise pioche…

Promenade avec l’amour et la mort

Suivez mon regard, éditions de l’OlivierDe Promenade avec l’amour et la mort (1969), où elle fait ses vrais débuts au cinéma, aux Gens de Dublin (1987), où elle est magnifique dans le dernier et plus beau film de son père, en passant par L’Honneur des Prizzi, avec lequel elle obtient l’Oscar du meilleur second rôle féminin en 1986 : la carrière d’Anjelica Huston est indissociable de celle de son père. Cependant, elle tourne aussi sous la direction de Coppola (Jardins de pierre), Stephen Frears (Les Arnaqueurs), Woody Allen (Crimes et délitsMeurtre mystérieux à Manhattan), Sean Penn (Crossing Guard), sans oublier Barry Sonnenfeld pour La Famille Addams et Les Valeurs de la famille Addams. Plus récemment encore, il y eût trois films avec Wes Anderson (La Famille TenenbaumLa Vie aquatiqueÀ bord du Darjeeling Limited), des petits rôles marquants dans Créance de sang d’Eastwood ou 50/50 de Jonathan Levine.

Tout cela et bien d’autres choses sont évoquées dans Suivez mon regard. Les stars défilent (Brando, Polanski, Kazan, Michael Jackson…), la tribu Huston connaît naissances et deuils. Le grand John s’éteint le 28 août 1987. Le sculpteur Bob Graham, avec lequel Anjelica avait refait sa vie, meurt à son tour en 2008. Pas de pathos. De la tenue, de l’élégance, du caractère habitent ce livre à l’image de la comédienne. Pour autant, ces mémoires auraient gagné à être élaguées. Les 600 pages, publiées en deux volumes aux Etats-Unis, abondent en détails et anecdotes sans intérêt. Il aurait fallu trier, couper, développer d’autres épisodes trop elliptiques. Cela s’appelle un travail d’éditeur. Il n’a pas été fait de l’autre côté de l’Atlantique, ici non plus. Des erreurs de date auraient aussi été évitées (James Fox ne pouvait tourner en 1968 dans The Servant sorti en… 1963). Cela n’empêche pas le livre d’être très au-dessus des traditionnelles autobiographies de stars.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Suivez mon regard, éditions de l’Olivier, 598 p.

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