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Tombeau pour Kate Barry

12 Mai Publié par dans Littérature | Commentaires

Jean Rolin signe avec Savannah un beau récit autour de la photographe, décédée en 2013, qui fut sa compagne.

Jean Rolin © Hélène Bamberger (P.O.L)

Que nous disent les lieux et les paysages de ceux qui y ont vécu ou qui les ont traversés même brièvement ? Comment dire la vérité d’un être, qui plus est un être cher, désormais disparu ? Les 120 petites pages de Savannah, pleines de pudeur et d’élégance, s’attèlent à ce défi. Le motif du récit est simple : en 2007, Kate Barry et Jean Rolin firent un voyage en Géorgie sur les traces de Flannery O’Connor à laquelle la fille de John Barry et de Jane Birkin voulait consacrer un film. Durant quelques jours, ils séjournèrent à Savannah où elle naquît puis à Milledgeville où elle vécut et écrivit. En 2014, quelques mois après la mort de Kate Barry, Jean Rolin entreprend de refaire ce voyage…

Pour le guider et l’aider à reconstituer le périple, il dispose d’enregistrements vidéo effectués à l’époque par sa compagne avec un appareil photo miniature ne filmant quasi exclusivement que «ce qui se déroulait à ses pieds». Jamais les visages de ses interlocuteurs afin de ne pas les agresser. Muni donc de ces minces indices et de ses souvenirs, l’auteur de L’Organisation cherche les pièces du puzzle.

Reflets

«Lorsque après la mort de Kate j’ai décidé de retourner à Savannah, je me suis efforcé de retrouver sur Internet les coordonnées du motel où ces images avaient été filmées. Mais de cette recherche, il ressortait qu’il avait disparu, entre-temps, sans laisser d’autres traces que les commentaires nettement défavorables de ses derniers usagers, plusieurs années auparavant», écrit Rolin avec cet art délicat et faussement laconique qui n’appartient qu’à lui. Ses lecteurs fidèles ne seront pas surpris de retrouver ici des zones portuaires ou périurbaines, des motels, des terrains vagues, mais aussi quelques animaux et des personnages étranges.

À l’inverse de Joséphine, autre magnifique tombeau littéraire publié en 1994, Savannah néglige le gros plan et le plan rapproché au profit du pas de côté, du reflet, du regard en biais… La présence de Kate Barry n’en est que plus miraculeuse. Le vide et l’absence sont congédiés un moment par la grâce de la littérature.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Savannah, P.O.L., 128 p.

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