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Des singes en hiver

09 Mai Publié par dans Littérature | Commentaires

Thomas Morales et Jean-François Coulomb signent des premiers romans qui revendiquent fièrement leurs filiations entre Michel Audiard et les hussards.

Les Mémoires de Joss B., éditions du Rocher,Il ne suffit pas de s’inscrire dans le sillage d’écrivains admirés pour en hériter le talent, mais afficher ses filiations et ses influences a le mérite de la franchise. Thomas Morales, dont le remarquable Dictionnaire élégant de l’automobile (à mettre également entre les mains de ceux qui n’ont pas le permis) et le recueil Lectures vagabondes disaient déjà beaucoup de ses dilections, annonce la couleur dès le titre de son premier roman : Les Mémoires de Joss B. Cela évoque la France d’avant, un film de Philippe de Broca, un Belmondo dialogué par Audiard. Son héros, Joss Beaumont, ancien journaliste et détective privé de son état, aime les voitures, les femmes, les journaux du matin, les chansons, Paris et les départementales. La nostalgie ne lui est pas étrangère et à travers ses yeux même les vilaines années 2000 prennent de douces teintes de noir et blanc. Au fil de ses enquêtes, il va croiser une étrange humanité : un magnat surnommé «le Mexicain», une voyante, un drôle d’abbé, une escort allemande qui a lu Nimier et Blondin mais qui préfère Haedens, les membres d’une société secrète… Sans oublier son vieil ami Merlin car pour Joss l’amitié est sacrée.

Roman nerveux et apaisé, aussi à l’aise dans la construction de l’intrigue que dans les plaisirs de la digression, Les Mémoires de Joss B. fait entendre des tintements de cloche fêlée. Quinquagénaire, Joss est de ceux qui n’en reviennent pas d’avoir vieilli si vite tout en étant ému par «les restes d’innocence d’une enfant qui court sur les plages d’Alicante et plonge dans la mer chaude».

La douceur des choses

Une semaine de juin, Albin Michel,Chez Jean-François Coulomb, auteur d’un recueil de nouvelles, Vendanges tardives, placé sous le signe des hussards, on retrouve aussi des quinquagénaires : Alexandre et Félicien qui ont érigé leur amitié en principe non négociable. Une semaine de juin, avec des citations de Nimier et Chardonne en exergue, égrène ses mots de passe, ses balises, ses frontières, dans un style fait de lignes claires et de moralités laconiques. Coulomb ne se prive de rien et se love avec bonheur dans une mythologie inoxydable : Aston Martin DB4, boissons fortes, Saint-Tropez, bar Hemingway du Ritz, souvenirs de la 2ème DB, petite française irrésistible…

Derrière la drôlerie et l’appétit de ses grands garçons n’ayant pas renoncé à la douceur des choses, l’écrivain saisit les instants où les lumières d’une semaine de juin laissent place à «un hiver sans fin». Comme un écho au «voici venir un long hiver» d’Antoine Blondin. Thomas Morales et Jean-François Coulomb : deux écrivains à suivre…

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Les Mémoires de Joss B., éditions du Rocher, 250 p.
Une semaine de juin, Albin Michel, 180 p.

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