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Nelson Freire a enchanté les toulousains une nouvelle fois

02 Mai Publié par dans Musique classique | Commentaires

La force de l‘équilibre

Nelson Freire invité par les Grands Interprètes nous a offert une soirée rare sous le signe de la musicalité la plus naturelle. Avec calme et simplicité Nelson Freire s’installe au piano et débute un récital admirablement construit par une pièce du père de la musique. Impossible de résister à la beauté de ce piano dans Bach. Quatre pièces transcrites complémentaires et évidentes ont ouvert une monde de beauté, ferveur, intelligence et bonté. Tout y a été parfait. Nelson Freire arrive a faire entendre une registration d’orgue, une précision comme au clavecin et une douceur digne du luth. Tant de musique en de si courtes pièces ! La très célèbre transcription de « Jesus que ma joie demeure » par Myra Hess se termine sur un silence fait musique d’une douceur infinie.

La penultième sonate pour piano de Beethoven si savamment construite avec une fugue si riche rend hommage à Bach et ouvre tout le pianoforte à ses capacités nouvelles. Avec un son d‘une rare ampleur, des très belles couleurs et un toucher ferme et enveloppant cette grande sonate déploie ses beautés avec tranquillité et évidence. Tout est musique sous les doigts si savants du pianiste brésilien. Certes Freire, et cela dès ses débuts, est un virtuose que rien d’arrête mais avec le temps c’est sa musicalité qui prend le pas sur toutes ses qualités.

En deuxième partie du récital le choix de 8 Visions Fugitives de Prokofiev met en valeur un humour et une finesse des détails dans des nuances exquises et des couleurs de caméléon.

La troisième sonate de Chopin qui a clos le récital a été portée par un souffle inépuisable.  A  nouveau les doigts se mettent au service de la musicalité la plus pure. Le hasard des rééditions nous fait trouver actuellement dans les bacs, un coffret des disques enregistrés pour Columbia, dont la sonate de Chopin datant de  1972. La maturité du pianiste est aujourd’ hui pleine de lumineuse clarté. Le tempo est tenu sans rubato et pourtant tout respire et paraît souple. Les doigts sont puissants et percussifs mais sans jamais de dureté, comme c’est parfois le cas dans l’enregistrement. Le jeu respire constamment, souple et vivant.  Le legato du troisième mouvement est envoutant La musique diffuse et pourtant toute la structure d’ensemble est lisible et aucun détail ne se perd. Nelson Freire construit comme une apothéose de pure musique. Le maintien si noble de l‘artiste, toujours modeste, donne à la Musique la première place, signature d’un musicien d’exception. Nelson Freire est un très grand artiste qui a toujours su résister à la pression médiatique pour façonner une carrière exemplaire.

Hubert Stoecklin a publié cette chronique sur classiquenews.com

Toulouse, Halle-aux-Grains, le 28 avril 2015 ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750)/Alexandre Siloti : Prélude en sol mineur pour orgue, BWV 53 ; Jean-Sébastien Bach/Ferruccio Busoni : « Ich ruf zu Dir, Herr Jesu Christ », BWV639 , « Komm, Gott Schöpfer, heiliger Geist », BWV 667 ; Jean-Sébastien Bach / Myra Hess , « Jesus que ma joie demeure » ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) , Sonate n°31, en la bémol majeur, opus 110 ;  Serge Prokofiev (1891-1953) : 8 Visions Fugitives, opus 22 ;  Fréderic Chopin : Sonate n°3, en si mineur, opus 58 ; Nelson Freire, piano.

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