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Picasso, le mythique rideau de scène

30 Avr Publié par dans Littérature, Peinture | Commentaires

Il s’agit là de l’histoire d’une œuvre d’art très particulière à laquelle les Toulousains sont fortement attachés : le fameux « Rideau de scène pour le 14 juillet » de Pablo Picasso, exposé périodiquement (protection oblige) dans ce beau musée d’Art moderne et d’Art contemporain Les Abattoirs. En 1998, le premier directeur de cette institution, Alain Mousseigne, avait consacré à cette œuvre un essai éclairé et bien documenté. A l’occasion du 50ème anniversaire de l’exposition « Picasso et le théâtre », à l’origine de la venue à Toulouse de ce fameux rideau, il a accepté de réviser ce texte et de l’agrémenter de photos inédites de Dora Maar liées à la naissance de ce chef-d’œuvre.

picasso-rideauUn utile rappel historique ouvre cette révision préfacée par Olivier Michelon, l’actuel Directeur du musée Les Abattoirs et de la Frac Midi-Pyrénées. On doit à Denis Milhau, alors conservateur du Musée des Augustins, l’organisation en 1965 de l’exposition « Picasso et le théâtre » dont l’un des joyaux n’était autre que le rideau de scène. A la demande de prolongation du prêt, formulée par Denis Milhau, le peintre répondit généreusement par un don ! Bien plus tard, en 2000, le musée Les Abattoirs vit le jour à l’initiative de la Mairie de Toulouse, de la Région Midi-Pyrénées et de la Direction Régionale des Affaires culturelles (Drac).

A l’évidence, cette donation orienta le programme et l’architecture de ce lieu devenu emblématique dont Alain Mousseigne assura la direction depuis sa création jusqu’en 2012.

C’est à l’occasion de la célébration de la fête nationale de 1936, sous le tout jeune gouvernement du Front Populaire, que débute l’histoire du rideau de scène. Le projet de représenter la pièce « révolutionnaire » de Romain Rolland, Le 14 Juillet, s’accompagne d’une commande auprès de Picasso d’un rideau de scène. En outre, comme le raconte en détail Alain Mousseigne, la musique fait partie intégrante du projet. Sous la direction de Roger Désormière, l’orchestre exécutera des musiques de Darius Milhaud, Arthur Honegger, Georges Auric, Charles Koechlin, Daniel Lazarus, Albert Roussel et Jacques Ibert.

Pris par le temps, Picasso choisit d’honorer cette commande par l’agrandissement d’une petite gouache, réalisée le 28 mai 1936, et représentant La Dépouille du Minotaure en costume d’Arlequin, sorte d’allégorie du théâtre. Afin de réaliser rapidement cette transposition, le peintre fit appel à son ami, peintre également, Luis Fernandez, afin de passer d’une surface initiale de 250 cm2 à la taille finale de 109 m2 !

Le détail des opérations nous est habilement conté dans le texte mis à jour qu’illustrent de touchantes photos de Dora Maar, autant de témoins de la progression du travail d’adaptation de l’œuvre d’origine. Rappelons que Dora Maar, peintre et photographe, fut la compagne de Picasso. Ou plutôt l’une des compagnes, puisque leur liaison durera près de neuf années, sans que Picasso ne rompe pour autant sa relation avec Marie-Thérèse Walter. Ces photos apportent néanmoins de précieux témoignages concernant le travail final que le peintre réalisa sur ce rideau agrandi par les soins de son ami Luis Fernandez.

Cette belle parution chez l’éditeur SKIRA éclaire l’amateur et le visiteur légitimement fascinés par un chef-d’œuvre qui s’est finalement identifié à la magie d’un lieu d’exception.

Serge Chauzy
une chronique de Classic Toulouse

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