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Peter Bogdanovich fait son cinéma

30 Avr Publié par dans Cinéma | Commentaires

Le réalisateur de La Dernière Séance fait son retour derrière la caméra avec Broadway Therapy, merveilleuse comédie portée par des acteurs étincelants.

Broadway Therapy

Qui se souvient de Peter Bogdanovich ? Au début des années soixante-dix, beaucoup voyaient en lui le nouveau Orson Welles. Moins de dix ans après, il sera le cinéaste le plus honni d’Hollywood, un has-been intégral. Tout a commencé comme dans un conte de fées pour ce fils d’émigré serbe né en 1939 à Kingston dans l’État de New York qui, à vingt ans, a passé la majeure partie de sa vie dans les salles de cinéma. Le magazine Esquire lui propose de suivre les tournages des Oiseaux, de L’Homme qui tua Liberty Valance ou de El Dorado. À Los Angeles, le jeune Bogdanovich côtoie ses maîtres – Fritz Lang, Howard Hawks, Jerry Lewis, John Ford, Orson Welles… – dont il devient pour certains le confident et l’ami. Lui qui, autour de douze ans, avait consigné et commenté sur plus de cinq mille fiches les films vus n’en revient pas d’être payé pour aller au cinéma et interviewer des cinéastes…

Plus dure sera la chute

Roger Corman le repère et lui propose de devenir assistant réalisateur puis de passer à la mise en scène. Il tourne donc le remarquable La Cible en 1967 avec Boris Karloff, enchaîne par un documentaire sur John Ford et La Dernière Séance en 1971. Adapté du roman de Larry McMurtry, ce film en noir et blanc met en scène deux jeunes Texans, Duane et Sonny, qui trompent leur ennui dans la petite ville d’Anarene au début des années cinquante. La belle Jacy dont ils sont amoureux va fissurer leur amitié et Sonny s’engage pour la guerre de Corée. Dès son magnifique deuxième long-métrage, Bogdanovich rafle un succès public et critique ainsi que deux oscars. Les films suivants – On s’fait la valise, docteur ?La Barbe à papa – confortent sa position de petit génie affolant le box-office, mais Daisy Miller en 1974 marque le début du déclin et d’une longue spirale de fiascos commerciaux comme de tragédies personnelles (l’assassinat de la playmate Dorothy Stratten par son compagnon qu’elle s’apprêtait à quitter pour rejoindre Bogdanovich). À l’instar d’un William Friedkin, autre figure de proue du «Nouvel Hollywood», il va courir dès lors après sa gloire passée.

Durant les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, il signe une poignée de films et de téléfilms tout en faisant l’acteur à l’occasion, en particulier dans la série Les Soprano, à partir de 2000, où il interprète le docteur Elliot Kupferberg et dont il réalise un épisode. De cette période de vaches maigres, Et tout le monde riait… (1981) se distingue notamment par la présence d’Audrey Hepburn tandis que Texasville (1990) est une suite très réussie de La Dernière Séance. Bogdanovich doit cependant attendre 2001 pour revenir au grand écran avec Un parfum de meurtre, inédit en salles en France, avant un nouveau «tunnel» de près de quinze ans…

Broadway Therapy - Jennifer Aniston et Peter Bogdanovich

Le cinéma est une fête

Broadway Therapy (titre «français» de She’s Funny That Way) est une comédie d’une fraîcheur et d’un rythme étourdissants qui met en scène, à partir des confessions d’une jeune actrice à succès à une journaliste, un groupe de personnages pris quelques années plus tôt dans un tourbillon vaudevillesque. On ne dévoilera pas les éléments d’un scénario à la mécanique aussi parfaite qu’explosive où l’on croise un metteur en scène de théâtre, un auteur, des comédiens, une psy volcanique, des escort girls, un juge dépressif, un détective privé d’opérette…

À soixante-quinze ans, Bogdanovich rend un hommage éblouissant à la «screwball comedy», à Lubitsch, Blake Edwards, Audrey Hepburn,à d’autres encore. Si la merveilleuse Imogen Poots n’est pas sans évoquer la grâce de l’interprète de Diamants sur canapé, les autres comédiens sont au diapason : d’Owen Wilson à Jennifer Aniston (irrésistible !) en passant par Will Forte, Rhys Ifans, Kathryn Hahn et jusqu’aux moindres petits rôles ou apparitions. Les répliques fusent («Je suis une sorte de féministe», avance un mari volage à sa femme), les portes claquent, les gifles volent. Les questions métaphysiques ne sont pas exclues : faut-il donner des noix aux écureuils ou des écureuils aux noix ? Ceux qui ont vu La Folle ingénue connaissent la réponse.

Produit par deux icônes du cinéma indépendant américain, Wes Anderson et Noah Baumbach, Broadway Therapy est une déclaration d’amour euphorisante au septième art. Nulle surprise donc à ce que le plus cinéphile des comédiens-réalisateurs s’invite à la fin de cette fête. Bodganovich nous souffle qu’il faut croire aux miracles. Son film en est un.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Broadway Therapy de Peter Bogdanovich avec Imogen Poots, Owen Wilson, Jennifer Annston. Durée : 1h33.

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