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[Cinelatino 2015] Rencontre avec Jorge Pérez Solano, réalisateur du film « La Tirisia », vainqueur du prix CCAS et du Rail d’Oc

29 Mar Publié par dans Cinéma | Commentaires

La_tirisia-783608582-largeCe n’est pas un portrait de femme comme « Ixcanul », mais deux portraits : Cheba accouche seule de son bébé conçu avec son amant, Silvestre, alors que son mari a quitté le domicile pour aller gagner de l’argent pour la famille. La belle-fille de Silvestre, Angela, est elle aussi enceinte, puisqu’il abuse d’elle. Dans ce monde d’hommes, Jorge Perez Solano propose une explosion de l’unité familiale, avec beaucoup de poésie et de situations grotesques. Ici aussi, le poids des traditions et des croyances est omniprésent, sans tomber dans le pathos et le misérabilisme.

LA TIRISIA est projeté ce dimanche 29 mars, à la cinémathèque à 20h, précédé du prix Courtoujours « NIÑO DE METAL ».

Merci à Jorge Pérez Solano d’avoir répondu à mes questions.

Je ne suis pas hispanophone, mais votre film a été traduit avant la projection par la tristesse. Quelle est la différence entre la tristeza et la tirisia ?

Ici la tristesse est le fruit de la tirisia. On suppose que la tirisia est quelque chose qui t’arrive quand tu as une sorte de choc émotionnel, et ça enlève vraiment l’envie de vivre, c’est un peu ce que dit le texte au début du film.

Ce texte est-il une définition ou une citation d’un poème ?

 » … l’esprit est comme un papillon qui se déplace
sur tout le corps, le remplissant d’énergie,
c’est l’air qui donne la vie.

LA TIRISIA c’est l’absence de l’esprit, est la vie à l’arrêt,
c’est la vie à l’arrêt, c’est un pas avant de mourir…. »

C’est une définition que j’ai ré-interprétée. Le mot tirisia n’existe pas dans le dictionnaire, et n’existe pas non plus dans un dictionnaire médical. C’est une maladie magique qui existe dans ces villages. J’avais envie d’enlever le côté mystique de ce mot et de cette maladie pour en faire quelque chose de réel.

En France, on voit très peu de films mexicains mais on a l’impression que le Mexique est l’enfer sur Terre, que ce soit Post Tenebras Lux, ou même une comédie comme Workers, même un film comme Cartel qui se déroule au Mexique. Votre film est très réussi, mais les personnages n’ont pas d’autre solution que d’abandonner ce qui leur est cher ou de partir.

Elle s’en va mais on ne sait pas quel futur l’attend.

Quand elle part, au moins, elle sourit…

Oui. Au Mexique, on produit environ une centaine de films par an et il y en a un grand nombre qui parlent de la joie, des comédies très légères… Je pense qu’ils n’arrivent pas jusqu’ici parce qu’il y a plus de comédies nord-américaines. À cause de l’endroit où je suis né, la situation que je connais, c’est très difficile de faire une comédie, même si je vais peut-être essayer. Ce que je filme là aurait pu être une comédie : il y a des femmes qui tombent enceintes de leur amant quelques jours avant le retour de leur mari et qui tentent de faire passer l’enfant comme légitime. Cela pourrait un scénario pour une comédie parce qu’elles le présentent comme le filleul, comme le neveu. Le fait qu’on ne puisse pas vivre avec cette vérité-là m’attriste beaucoup, c’est pourquoi mon histoire porte sur la tristesse et non pas sur la joie. Le Mexique n’est pas l’enfer, ni le paradis. Il y a différentes façons de voir le pays..

Dans quelle partie du Mexique le tournage s’est-il déroulé ?

Le village s’appelle Zapotitlán Salinas. Il est connu, culturellement parlant comme la zone mixtèque. Le tournage s’est déroulé sous 40°C. Tous les membres de l’équipe technique m’ont dit que c’était le tournage le plus dur, physiquement parlant, auquel ils aient participé.

Le film est-il sorti au Mexique ?

Il va sortir en avril.

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