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Helmut Berger, violence et passions

08 Mar Publié par dans Cinéma, Littérature | Commentaires

Les mémoires de l’inoubliable interprète des Damnés et de Ludwig de Luchino Visconti viennent d’être publiées en France. Un livre d’une liberté de ton rare.

Helmut Berger

Il a été l’un des plus beaux acteurs de son temps, une sorte de Delon blond. D’ailleurs, le Français apparaît dès la première page des mémoires d’Helmut Berger : «Delon voulait me prendre le grand amour de ma vie, le cinéaste de génie, le si spirituel, le tendre et élégant Luchino Visconti.» Car si les deux comédiens tournèrent sous la direction du réalisateur de Mort à Venise (Rocco et ses frères et Le Guépard pour Delon ; Les DamnésLudwig, le crépuscule des dieux et Violence et passion pour Berger), l’empreinte laissée par Visconti sur celui qui naquit le 29 mai 1944 en Autriche fut indélébile.

Ils se rencontrèrent sur le tournage de Sandra en Italie. Le jeune homme, qui avait été serveur dans un restaurant à la mode du «Swinging London», et son aîné de 32 ans, monstre sacré du cinéma, devinrent un couple qui ne prit fin qu’avec la mort de Luchino Visconti en 1976. Cette histoire d’amour (dont on voit des échos dans Violence et passion) n’empêcha pas Helmut Berger de cultiver des amours contingentes hétérosexuelles comme homosexuelles. Cet autoportrait ne cache d’ailleurs pas grand-chose des aventures de Berger qui batifola avec Noureev jusque sous les ponts de Paris, qui se fiança avec Marisa Berenson, qui tomba amoureux de Britt Ekland ou de Bianca Jagger…

Poussières d’étoiles

Helmut Berger, autoportrait, éditions SéguierLes années soixante et soixante-dix, époque de toutes les «libérations», défilent dans un tourbillon de drogues, de fêtes et d’alcool. De Rome à Paris en passant par New York, la cocaïne se consomme à coups de cuillères à soupe. Le bel Autrichien, lui, utilise une paille en or de chez Bulgari. Les mirages de la jet-set, les gueules de bois et les dépressions n’empêchent pas des accès de lucidité à l’image de cette description de la Factory d’Andy Warhol : «L’invité entrait dans son usine et avait tout de suite la sensation d’avoir atterri dans un bordel avec des célébrités se célébrant elles-mêmes.»

«J’ai horreur de Hollywood, ce monde plastifié, tout ce système que j’ai côtoyé lors de mes nombreux voyages, et auquel j’ai été particulièrement confronté quand je travaillais pour Dynastie», confie-t-il tout en reconnaissant : «autant je me rendais sur les plateaux en pleurant, autant j’allais à la banque en riant». À l’exception des trois films avec Visconti et du Jardin des Finzi-Contini de De Sica, la filmographie d’Helmut Berger est une impressionnante collection de nanars. Tout cela n’est pas toujours très clair dans la mémoire de l’acteur qui croit avoir tourné Nom de code, émeraude sous la direction de David Lynch avec Carole Bouquet (il s’agissait plutôt d’un certain Jonathan Sanger et de Cyrielle Claire). Ce livre, paru initialement en 1998 et augmenté dans la version française d’un chapitre autour du Saint Laurent de Bertrand Bonello où Berger joue le créateur à la fin de sa vie, est le fruit de propos recueillis par Holde Heuer. Les coups de griffe et les insolences abondent («Seuls les gens beaux et dotés d’esprit m’intéressent. Les folles et les tantouses vulgaires, très peu pour moi.»). Les redondances et un côté foutraque ne sont pas absents, mais on se laisse entraîner par le ballet des anecdotes où l’on croise parmi tant d’autres Maria Callas, Jack Nicholson, Juan Carlos, Mick Jagger, Herbert von Karajan, Tennessee Williams, Elizabeth Taylor… Puis, il y a toutes ces starlettes oubliées (Florinda Bolkan, Marisa Mell, Barbara Valentin…), poussières d’un continent englouti. Immortalisé par Visconti, Berger reste lucide sur l’essentiel : «Quelque chose en moi est mort avec Luchino. Il a emporté ma foi et mon espoir dans sa tombe.»

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Helmut Berger, autoportrait, éditions Séguier, 330 p.

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