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Comme un oiseau sans ailes

05 Mar Publié par dans Cinéma | Commentaires

Birdman d’Alejandro González Iñárritu, couronné de quatre Oscars dont celui de meilleur film et de meilleur réalisateur, se veut une réflexion sur le métier d’acteur et la célébrité. Aussi lourd que prétentieux.

Qui se souvient de Riggan Thompson ? Dans les années 80 et 90, il affolait le box-office au gré de blockbusters dont ceux où il incarnait le super-héros Birdman. Aujourd’hui, l’acteur qui aborde la soixantaine mise sur le théâtre afin de relancer sa carrière. Mettre en scène et interpréter une pièce à Broadway adaptée d’une nouvelle de Raymond Carver ? Quoi de mieux pour séduire la critique et l’establishment ? Seulement, Riggan Thompson doit jongler avec les états d’âmes des comédiens (notamment sa petite amie qui lui révèle être enceinte), les problèmes de budget ou la santé de sa fille ex-junkie… Puis, il y a cette voix dans la tête de Riggan : celle de Birdman qui le renvoie à ses échecs, à ses ambitions artistiques qui ont détourné le public de lui…

Avoir confié le rôle d’un acteur ringard, qui fut naguère une star en jouant un vengeur masqué, à Michael Keaton (interprète des deux premiers Batman réalisés par Tim Burton) aurait pu être une bonne idée, mais elle ne dépasse jamais ici le clin d’œil. Pour le reste, on quitte – hélas – le registre du clin d’œil au profit de la grosse caisse. Ainsi, la batterie d’Antonio Sanchez signe une musique originale particulièrement éprouvante tandis qu’Alejandro González Iñárritu enchaîne ostentatoirement les plans-séquences et les travellings qui donnent le tournis.

Cabotinage et prétention

Désireux de se mettre au diapason, les acteurs en font des tonnes. Le concours de cabotinage bat son plein. Michael Keaton mène la course en tête, mais Edward Norton et Zack Galifianakis vendent chèrement leur peau. Dans les seconds rôles, Emma Stone et Naomi Watts font de la peine. Pour que le ridicule soit complet, Riggman est doté de quelques pouvoirs surnaturels comme la lévitation, la télékinésie et, bien sûr, celui de voler comme un oiseau…

On comprend que Birdman se voudrait une réflexion sur le métier d’acteur, l’art, la célébrité, la société médiatique… Le film n’est qu’une interminable succession de scènes névrotiques où la prétention n’est pas absente. Alejandro González Iñárritu (Amours chiennes21 grammesBabelBiutiful) nous fait penser à ces bons élèves, appliqués et besogneux, à qui l’on a eu le tort de souffler qu’ils sont des génies. Et qui ont eu le tort de le croire.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Birdman avec Michael Keaton, Zach Galifianakis, Edward Norton. Durée : 1h59.

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