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Quand talent rime avec jeunesse : 28 ans tous les deux. Le chef Lionel Bringuier dirige la pianiste Yuja Wang

28 Fév Publié par dans Musique classique | 1 commentaire

Concert événement : Le cycle Grands Interprètes invite à la Halle le Tonhalle-Orchester Zürich, lundi 2 mars 20h. Il sera dirigé par son nouveau directeur, un prodige de la baguette, le français Lionel Bringuier qui gagna, à 18 ans, en 2005, le Concours international de Besançon devant plus de 220 candidats au départ, à l’unanimité des votants, et du public. Au menu, nous avons aussi un « cas », si l’on peut dire, la pianiste chinoise Yuja Wang, même âge ou presque, dont un bref aperçu de la “bio“ laisse pantois. Cette jeune femme a déjà fait le tour du monde de ce qui se fait de mieux comme salles de concert, orchestres accompagnant, chefs. Il ne manquait que la Halle aux Grains, et le public toulousain !! Elle joue le Troisième de Rachmaninov, le plus redoutable et, pour ma part, le plus enthousiasmant des quatre. Qui oserait ensuite se plaindre du reste du programme ??!! L’Oiseau de Feu et La Valse, mais oui. Ravel devrait rappeler des souvenirs au chef puisque la Valse était un des morceaux imposés à l’épreuve de sa finale.

Serge Rachmaninov [1873-1943]
Concerto pour piano n°3, en ré mineur, opus 30 (44 mn)
Allegro ma non tanto
Intermezzo-Adagio
Finale-Alla breve

entracte ~ 20 mn

Igor Stravinsky [1882-1971]
L’Oiseau de feu (Suite de 1919) (21 mn)
Introduction
L’Oiseau de feu et sa danse
Variation de l’Oiseau de feu
Rondes des princesses
Danse infernale du roi Kashcheï
Berceuse
Final

Maurice Ravel [1875-1937]
La Valse, poème chorégraphique pour orchestre (15mn)

Lionel Bringuier © Paolo Dutto

Lionel Bringuier, le chef qui confirme, « à donf », tous les espoirs suscités

Après s’être consacré à l’étude du violoncelle au Conservatoire de Paris avec Philippe Muller, Lionel Bringuier, le Premier en tout, commence sa formation de direction d’orchestre en 2000 avec le “sorcier“ Zsolt Nagy. C’est sa musicalité avertie et très fine qui frappe tout particulièrement Nagy, et qui contribue à faire de lui un artiste exceptionnel. En plus de son apprentissage avec Nagy, Lionel Bringuier a participé à plusieurs master classes avec Péter Eötvös et János Fürst.

En 2006, il devient Chef assistant à l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles, sous le mandat d’Esa-Pekka Salonen, une « sacrée » référence. Et un poste extraordinaire d’observation. Il dira : « Vous ne pouvez imaginer comme j’ai appris. » Arrivant à Los Angeles, on pense aux français exportés avec succès, de très dignes prédécesseurs !! Monteux à Boston, Paul Paray à Detroit, Charles Munch à Boston, Jean Martinon à Chicago, Pierre Boulez à Cleveland, New-York…A vous de chercher parmi les plus jeunes.

En 2009, il est nommé à la tête de l’Orchestre symphonique de Castille-Leon, à Valladolid, et il signe, en même temps, pour le poste spécialement créé pour lui de « chef en résidence » au Los Angeles Philharmonic dont le nouveau patron est Gustavo Dudamel. En 2011, à Stockholm, il dirige véritablement son premier opéra, Carmen, dans des conditions qui, là encore, lui auront été très formatrices. Anecdote : Il livrera avoir adoré le travail préparatoire avec le metteur en scène, un certain Vincent Boussard ! (Bal masqué  tout récent). De ce Carmen, un observateur aura retenu « la finesse chambriste dans la direction subtile et tonique du jeune chef, qui révèle force détails inouïs de la partition. »

2014/15 sera une saison faite de nouvelles rencontres. Lionel Bringuier pérennisera des collaborations musicales déjà établies, tout en s’appropriant sa place de Chef d’Orchestre du Tonhalle-Orchester Zürich, où il succède à David Zinman. Tout au long de la saison, il dirigera une série de concerts à Zürich même, et effectuera une tournée européenne avec Yuja Wang – artiste en résidence au Tonhalle – avec laquelle il interprètera des œuvres d’Esa-Pekka Salonen, glissées dans les programmes proposés. C’est une relation de longue date qui lie Lionel Bringuier et le Chef d’Orchestre et compositeur finnois Esa-Pekka Salonen. Ce dernier et Yuja Wang seront tous deux très présents tout au long de cette première saison de Lionel Bringuier à Zürich.

Durant cette saison 2014/15, le maestro retrouvera plusieurs orchestres partageant ses affinités musicales, parmi lesquels le Bamberg Symphony, le Sydney Symphony et le Cleveland Orchestra, le Los Angeles Philharmonic, l’Orchestre Philharmonique de Radio France, et l’Orquesta Sinfónica de Castilla y León dont il fut le Directeur Musical de 2009 à 2012.

Grand défenseur de la musique du XXIe siècle, Lionel Bringuier a dirigé la création d’œuvres de – et nous laissons volontairement la liste pour montrer qu’il y a aussi de nouveaux compositeurs !! –  Kaija Saariaho, Marc-André Dalbavie, Esa-Pekka Salonen, Bruno Mantovani, Steven Stucky, Magnus Lindberg, Philippe Fénelon, Eric Tanguy, Rebecca Saunders, John Corigliano, Pedro Amaral, Louis Andriessen, Giya Kancheli, Philippe Hersant, Gérard Pesson, Karol Beffa et Erkki-Sven Tüür. On remarquera qu’en musicien instinctif, il aime toutes les musiques. Mais il se sent particulièrement heureux avec Ravel, Stravinsky et la musique française en général. « J’aime la clarté. »

Yuja Wang@ Nohel Yoliveros

Yuja Wang : « La musique est comme la littérature : personne ne la ressent de la même façon. » 

La jeune pianiste Yuja Wang, âgée de 28 ans, est unanimement reconnue comme l’une des plus talentueuses artistes de sa génération. Dotée de facilités techniques prodigieuses et fabuleusement maîtrisées, elle est remarquée, pour sa rigueur face aux exigences techniques les plus complexes du répertoire, mais aussi pour ses interprétations plus imaginatives et audacieuses que jamais, ainsi que pour sa présence très charismatique sur scène et une spontanéité qui ne se dément pas. Sa frivolité apparente ainsi qu’une aisance qui peut déconcerter certains “serrés du col“ n’entachent en rien un sens musical digne des plus grands.

Peut-être portera-t-elle une robe courte car, comme elle le dit : « Je ne vois pas l’intérêt de  porter une robe longue pour interpréter ce Concerto. » {!!!!!!!!!}

Fan de Martin Grubinger, percussionniste comme son père, elle l’est aussi de la voix de Rihanna. Passionnée de mode, des autres musiques et du cinéma, elle est fan de la série télévisée Damages ! et elle adore New-York et Paris, et Pékin. De fait, en tant que musicienne, elle se sent plutôt citoyenne du monde.

Yuja Wang débute très jeune sa formation au Central Conservatory of Music de Beijing, avec Ling Yuan and Zhou Guangren. De 1999 à 2001, elle participe au “Morningside Music summer program” au Calgary’s Mount Royal College, un programme d’échange artistique et culturel entre le Canada et la Chine. Elle commence alors à étudier avec Hung-Kuan Chen et Tema Blackstone au Mount Royal College Conservatory. Elle s’installe ensuite aux Etats-Unis pour étudier avec Gary Graffman au Curtis Institute of Music de Philadelphia, dont elle sort diplômée en 2008. En 2006, elle a reçu le “Gilmore Young Artist Award”, et en 2010, le prestigieux “Avery Fisher Career Grant”. Yuja Wang est une Artiste Steinway.

Après son premier enregistrement, le magazine Gramophone nomme Yuja Wang “Classic FM 2009 Young Artist of the Year”. Pour son second enregistrement, Yuja Wang a reçu un prix Echo Klassik « Young Artist of the Year ». Yuja Wang enregistre ensuite avec Claudio Abbado et le Mahler Chamber Orchestra son premier album consacré à Rachmaninov qui a remporté un Grammy dans la catégorie « Best Classical Instrumental Solo ». Ensuite, un florilège de pièces miniatures qu’elle a l’habitude de jouer en bis de ses concerts. Plus récemment, un CD “live” du Concerto n°2 de Prokofiev et le Concerto n°3 de Rachmaninov avec le Simón Bolívar Symphony Orchestra dirigé par Gustavo Dudamel.

Depuis ses débuts en 2005  avec le National Arts Center Orchestra dirigé par Pinchas Zukerman, Yuja Wang s’est produite avec les plus prestigieux orchestres au monde.

Yuja Wang donne régulièrement des récitals dans les grandes métropoles d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord. Elle se consacre à la musique de chambre, apparaissant dans les festivals d’été à travers le monde, notamment lors de sa performance annuelle au Verbier Festival en Suisse. En Mars 2011, Yuja Wang se produit pour une série de trois concerts de musique de chambre à la Salle Pleyel à Paris, avec les principaux musiciens du Berlin Philharmonic. Elle fait ses débuts en récital au Carnegie Hall en octobre 2011. En 2014, elle aura enchaîné avec toujours les plus grands orchestres, de nouveaux grands chefs.

Tonhalle Orchester Zürich © Priska Ketterer

Tonhalle-Orchester Zürich. Fondé en 1868, le Tonhalle-Orchester est l’orchestre symphonique le plus ancien et le plus réputé de Suisse. Il a joué au moment de l’ouverture du Tonhalle de Zürich en 1865, une des plus belles salles de concert d’Europe.

Depuis la nomination du Chef d’Orchestre David Zinman, le T-O de Zürich s’est produit dans plus de 70 villes et 14 pays, dont la Chine, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, le Japon, l’Autriche, la Slovénie, la République Tchèque et les États-Unis.

De nombreux solistes renommés sont des invités fréquents de l’orchestre, et l’ont accompagné lors de tournées. Presque une centaine de musiciens de 20 nationalités différentes représentent le Tonhalle-Orchester, et chaque saison, le public zurichois a le privilège d’entendre plus de 150 œuvres différentes en concert.

Leurs enregistrements sont régulièrement diffusés sur la radio nationale suisse (Radio SRF 2 Kultur). Le Tonhalle-Orchester Zürich programme des concerts familiaux, spécialement conçus pour les jeunes oreilles désirant découvrir la musique classique. Les vingtenaires se voient offrir le tonhalleLATE, des concerts de classique combinés à une soirée de musique électronique. Toujours dans le but de poursuivre le développement de l’intérêt pour la musique classique, le TOZZukunft a été créé très récemment. C’est une plateforme d’échange pour les jeunes de 18 à 35 ans désirant se joindre à l’expérience de la musique classique de manière approfondie (rencontres avec des musiciens, visites, débats, etc…).

Plus de quarante enregistrements ont propulsé le T-O Z au sommet du marché international. Ils ont tous reçu un accueil très favorable de la part du public et de la critique. Ces dernières années, le T-O a invité les chefs Christoph von Dohnányi, Herbert Blomstedt, Charles Dutoit, et Bernard Haitink, avec lesquels il a depuis développé d’étroites relations. La jeune génération de chefs d’orchestre tels que Pablo Heras-Casado, Philippe Jordan, Vladimir Jurowski et Andris Nelsons ont déjà établi une collaboration fréquente avec l‘Orchestre. Ton Koopman et Giovanni Antonini, interprètes éminents de musique baroque, se produisent régulièrement avec le T-O de Zürich. David Zinmann a fait ses adieux à la fin de la saison 2013/14. Chef d’Orchestre du T-O depuis près de 20 ans, il a su gagner les cœurs du public et de l’Orchestre. Le jeune chef français Lionel Bringuier reprend la direction de l’Orchestre à partir de cette saison 2014/15.

Quelques mots au sujet des CD de Yuja Wang et sur les pianistes chinois

Yuja WangYuja Wang : elle est chinoise, née à Pékin il y a bientôt vingt-huit ans. Elle fait partie de ces plus de vingt millions de pianistes chinois. Elle est jolie, on peut même écrire que c’est une très jolie jeune femme. Ses tenues en concert sont loin, très loin de celles qu’arboraient ses consœurs par le passé !! C’est devenu en un laps de temps très court, une artiste très courue qui, comme son confrère Lang Lang se produit sur les plus grandes scènes des salles les plus réputées. C’est une virtuose hors pair qui en a déjà assez de donner en bis et à une vitesse folle ce morceau de choix qu’est le Vol du Bourdon dans une transcription de Cziffra, et que Lang Lang s’amuse, lui, à donner en bis sur sa tablette… !!

Avec tout ça, évidemment, il lui est difficile de plaire à tout le monde. Et surtout pas à tous ces grincheux de critiques ou de spectateurs vieillissants pour qui il ne peut y avoir de bons pianistes que de pianistes avec les cheveux blancs, comme eux, sauf s’ils les ont teints, pétris de connaissances car un jeune devant son clavier ne peut avoir assimilé tout ce que les “vieux“ ont pu apprendre au fil des ans. Et puis, trop jeune donc, dépourvue de sensibilité ! La virtuosité ne peut aller de pair avec la sensibilité, pardi. Ils en oublient, les pisse-vinaigre, qu’auparavant il n’y avait rien pour se former : pas de supports, pas de cassettes, pas de disques, uniquement les commentaires écrits. Sans parler de la qualité des instruments. Tout cela a fortement évolué et les jeunes artistes aussi. Leur formation se fait en accéléré. Et pour certains, en très accéléré.

Quitte à oublier aussi que tous ces jeunes pianistes chinois ont derrière eux, pas très loin, la Révolution Culturelle avec les pianos qu’on concassait, les pianistes qu’on envoyait dans les camps avec en prime pour les plus réfractaires, les doigts cassés à coup de marteau. Les partitions détruites. Seules, les partitions d’un certain Mozart semblait trouver grâce. De tout cela, et plus, une rescapée des camps de rééducation de Mongolie intérieure, Zhu Xiao-Mei en a témoigné. Alors, un peu d’indulgence, pour ces artistes qui, avec un peu plus de chance que d’autres peuvent vivre maintenant ce dont tant ont été privés.

Yuja Wang - DGGQue peuvent bien, par exemple, certains chichiteux reprocher à un “produit“ comme Fantasia de Yuja Wang ? Et s’ils se laisser tout simplement aller à un brin d’enthousiasme ? un brin de fantaisie ? au lieu de s’extasier encore sur les fausses notes d’un Cortot en criant au génie ? Sa très grande virtuosité vous frustrerait-elle ? Comme une Julia Fischer au violon, elle peut tout jouer, et alors ? C’est vrai que cela peut être agaçant, car ils peuvent tout jouer. Aucune pièce ne semble leur poser de difficultés. Rageant !!

On fait la fine bouche aussi sur le CD Transformation. De Stravinski à Ravel, en passant par Scarlatti et Brahms, il y a pourtant de quoi être ravi de tant d’aisance, entre des compositeurs aussi divers. Et, me semble-t-il, qu’entre les notes, il respire comme un air de liberté, une envie démesurée de s’exprimer coûte que coûte pour ne pas laisser une seconde se perdre. Il faut absorber et embrasser la culture pianistique occidentale sans retenue, toute, et vite. La somme de travail est énorme. Elle, avec d’autres ont fait éclater les barrières et les écoles. Pourquoi parler d’école russe, d’école chinoise ? Si vous lui demandez qui est-elle ? Elle vous répondra : « Je suis Yuja. » C’est tout.

Michel Grialou

Tonhalle-Orchester ZürichTonhalle-Orchester Zürich
Lionel Bringuier (direction)
Yuja Wang (piano)

lundi 2 mars 2015 à 20h00
Halle aux Grains

Sites Internet
Les Grands Interprètes
Lionel Bringuier
Yuja Wang

 

 

 

 

 

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Un commentaire

  • Concernant le Concerto n°3 de Rachmaninov, il fut spécialement écrit pendant l’été pour ses débuts aux Etats-Unis, et créé le samedi 28 novembre 1909. Le compositeur a 36 ans. Il est au piano pendant que le New York Symphony Orchestra est dirigé par un certain Walter Damrosh.
    Rachmaninov travailla son concerto durant la traversée sur ce qu’on appelait alors un clavier muet. Chef et musiciens n’avaient que le manuscrit lorsqu’ils donnèrent le concert.

    A la fin de sa prestation, il refusa de donner un quelconque rappel, chose dont le public américain était alors particulièrement friand, jugeant même la réussite du concert au nombre de rappels donnés!!
    Il le rejoua quelques jours plus tard sous la direction d’un certain Gustav Mahler, tenu en très haute considération en tant que chef par le compositeur.

    Et une troisième fois toujours avec Mahler. Une anecdote que Rachmaninov rapporte au sujet de la répétition de ce concert, quand il note l’explosion de rage du chef en voyant ses musiciens ranger calmement leurs instruments car l’horaire est dépassé de une heure et demie, comme un des musiciens le lui signifie.

    « Cela n’a aucune importance. Tant que je suis assis, aucun musicien n’a le droit de se lever! » Les choses ont bien changé!!!

    On sait qu’avec les émoluments touchés pour ce concerto, le compositeur pourra exhausser son vœu fait avant le départ pour les States : se payer une voiture – nous sommes début 1910!

    C’est Vladimir Horowitz qui déclenchera la popularité de ce concerto que les américains avaient finalement plutôt boudé.


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