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Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

27 Fév Publié par dans Cinéma | Commentaires

Pour son premier film, Things People Do, Saar Klein met en scène un homme ordinaire amené à enfreindre la loi. Superbe.

Bill Scanlon est un homme ordinaire. Agent d’assurances, il vit dans une confortable villa avec sa femme et leurs deux garçons. Sauf que la crise est passée par là et qu’il a caché aux siens son licenciement. Prêt à accepter «n’importe quel boulot», ce type honnête, trop honnête, ne décroche pas le moindre emploi et erre avec sa voiture pour occuper les journées. Les traites s’accumulent, les emprunts ne sont plus remboursés. Quelques objets mis au clou vont lui offrir un répit, mais il faut trouver autre chose. «Désolé» est le mot qu’emploie le plus Bill. Il devra forcer sa nature. Un flic désabusé rencontré au bowling (formidable Jason Isaacs) et le hasard lui offrent une périlleuse issue…

Things People Do

Dès les premières scènes, Thing People Do frappe par sa beauté formelle. Des paysages vides de toute présence humaine, des zones pavillonnaires où les maisons sont restées en chantier, des rats et des coyotes qui prennent possession des lieux la nuit : nul besoin de grands discours à Saar Klein pour décrire un monde qui s’effondre. Seuls les cyniques, les brutes et les menteurs semblent s’en sortir. On humilie les faibles. Un climat de plus en plus oppressant s’installe entre ces images glacées et brûlantes à la fois.

Sous le soleil de Satan

Avec une étonnante économie de moyens, Things People Do use des codes du polar et s’en affranchit. Une tragédie aux accents universels se met en place sous le soleil du Nouveau-Mexique. Le péché, la vertu, la morale, le Bien, le Mal : tout cela ne veut rien dire, souffle-t-on à Bill. Seul compte «ce que les gens font». Dans le rôle de cet homme déchiré entre la faute et la rédemption, Wes Bentley est exceptionnel. Physiquement, il évoque Robert De Niro jeune et son personnage a quelque chose du Travis Bickle de Taxi Driver. Les héros de Robert Bresson ne sont pas loin non plus.

Saar Klein est aussi à l’aise pour filmer les êtres que les lieux ou les objets. Devant sa caméra, une piscine devient le reflet d’une âme tourmentée. On n’est pas vraiment surpris d’apprendre qu’il a été monteur sur plusieurs films de Terrence Malick dont l’ombre tutélaire plane ici. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu un premier long-métrage aussi maîtrisé et impressionnant.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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