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Des bleus à l’âme

04 Fév Publié par dans Littérature | Commentaires

Dans un récit fort et pudique, Colombe Schneck évoque son avortement à dix sept-ans.

Colombe Schneck © J.F. Paga - GrassetPrintemps 1984, Colombe Schneck a dix-sept ans et va bientôt passer son bac. Elle a grandi dans une famille bourgeoise de médecins de gauche. Soixante-huit n’est pas loin, la libération sexuelle et le féminisme ont façonné mentalités et comportements. La lycéenne a un petit ami, mais elle préfère dire «un amant» car elle est une «fille libre». Jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte et qu’elle avorte.

Dix-sept ans n’est pas seulement un récit sur l’avortement. Colombe Schneck dresse également le portrait d’une époque et d’une génération dont tout, ou presque, est dit en quelques lignes : «Nous sommes en 1984, la gauche est au pouvoir. La peine de mort a été abolie, la Fête de la musique inventée, le CD, c’est promis, est incassable. Le Premier ministre a trente-huit ans, le sida est pour moi une maladie aussi menaçante que lointaine, la révolution féministe est, je crois presque achevée. À la télévision, on regarde ApostrophesDroit de réponse et le Ciné-Club de Claude-Jean Philippe. Enfin nous sommes tous intelligents et modernes. Aujourd’hui, ce monde dans lequel je vivais et que je croyais indestructible n’est plus. Confort, parents, appui, optimisme, foi dans le pouvoir et dans les femmes et les hommes qui l’incarnent – tout cela a disparu.»

Femme libre

Colombe Schneck - Dix-sept ans, GrassetDans le sillage de L’Increvable Monsieur Schneck et de Val de Grâce, elle poursuit une entreprise autobiographique où la légèreté se marie à la gravité dans un style limpide, clair. Chez elle, les bonheurs et les tragédies sont consignés en de petites pages serrées, laconiques : «Il y aura d’autres garçons, la mort de mon père, la solitude, un mariage, la mort de ma mère, deux enfants, la solitude à nouveau, d’autres hommes.»

Ce qui n’empêche pas Dix-sept ans d’établir un poignant dialogue intérieur avec «cet enfant que je n’ai pas eu et qui n’a pas de nom.» Impossible de ne pas imaginer ce qu’aurait été la vie avec l’absent et de songer que «peut-être, sa présence ne m’aurait pas autant empêchée de vivre.» Un sacrifice pour un aveu, lumineux et déchirant : «Je peux l’écrire, désormais, ton absence m’accompagne depuis trente ans. Ton absence m’a permis d’être la femme libre que je suis aujourd’hui.»

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante
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Dix-sept ans, Grasset, 95 p.

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