Close

Retour vers le passé

28 Déc Publié par dans Cinéma

Vingt ans après, les frères Farrelly retrouvent dans Dumb & Dumber De le tandem de crétins qui les fit connaître.

Dumb & Dumber De de Peter et Bobby Farrelly avec Jim Carrey et Jeff Daniels,

Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est un plaisir d’aristocrate. Cela pourrait être l’adage des héros des films de Peter et Bob Farrelly. Leur premier long-métrage, Dumb & Dumber, road-movie mettant en scène les pérégrinations de deux crétins (interprétés par Jim Carrey et Jeff Daniels) portés sur l’humour potache et la farce scatologique, fit un malheur au box-office. Kingpin (inédit en France), Mary à tout prix (avec Ben Stiller et Cameron Diaz), Fous d’Irène (de nouveau avec Jim Carrey), L’Amour extra-large (sans doute leur chef-d’œuvre avec le grand Jack Black et une Gwyneth Paltrow métamorphosée en obèse d’environ deux quintaux) ou Les Femmes de ses rêves (Ben Stiller) créèrent un univers peuplé de cœurs solitaires, de personnages obsessionnels, de couples apparemment mal assortis et de freaks en tous genres.

Ce sont les «monstres», les anormaux, les asociaux qui passionnent les Farrelly. Dans leurs films, qu’il s’agisse de premiers rôles ou de figurants, on rencontre au milieu de très jolies filles et de types au physique quelconque : des nains, des frères siamois, des obèses, des schizophrènes, des trisomiques, des culs-de-jatte, des albinos, des grabataires, des grands brûlés… Autant de figures d’une comédie humaine qui bouscule les normes pour y intégrer ceux vivant dans les marges.

Voyage initiatique et quête des origines

Vingt ans après le film qui les révéla, les frères Farrelly ont réalisé la suite des aventures de Lloyd Christmas et Harry Dunne. LLoyd a vécu vingt ans dans un asile psychiatrique sans jamais émettre le moindre mot avant de révéler à son ami Harry, qui lui rendit visite chaque semaine, qu’il simulait la maladie. Les deux compères peuvent donc se retrouver, mais Harry doit subir une greffe de rein. Décidant de renouer avec ses parents (un couple d’asiatiques), il apprend qu’il fut adopté puis, dans la foulée, découvre qu’il eût une fille abandonnée par sa mère et adoptée à son tour. Pour Lloyd, tout s’éclaire : il suffit de retrouver l’enfant d’Harry afin que celle-ci lui cède l’un de ses reins. Le voyage peut commencer…

Si les Farrelly reprennent ici le thème du périple initiatique qui leur est cher, leur tandem n’a guère changé non plus. Les personnages ont certes vieilli, mais en conservant, chevillée au corps et à l’âme, cette idiotie inoxydable qui fait de ces deux-là autant des armes de destruction massive que des innocents. On retrouve le souffle anarchisant et iconoclaste des cinéastes, leur mauvais goût assumé et transcendé, la grivoiserie et le graveleux de chenapans qui marcheraient dans les flaques la braguette ouverte en faisant tourner une fronde dans une main et en éclatant des boules puantes de l’autre.

Comme le volet initial, Dumb & Dumber De adopte une épure et un dénuement qui n’obéissent plus au manque de moyens d’un premier film, mais à une volonté de renouer avec un art comique brut. Tout le film repose uniquement sur les visages et les corps de Jim Carrey et Jeff Daniels. Contrairement à leur habitude, Peter et Bobby Farrelly n’utilisent pas une luxuriante galerie de seconds rôles interprétés par de grands acteurs (Richard Jenkins, Stephen Merchant, Christina Applegate ou Jenna Fischer pour ne citer que Bon à Tirer) afin d’insuffler dynamique ou contrepoint. Kathleen Turner, Laurie Holden (libérée de The Walking Dead) ou l’apparition furtive de Bill Murray ne sont là que des compléments dispensables. Sans ce dépouillement périlleux, superbement relevé par le jeu de Jim Carrey et Jeff Daniels, Dumb & Dumber De ne traduirait qu’une panne d’inspiration alors qu’il s’agit, à l’instar du parcours des personnages, d’un retour à la source et d’une quête des origines assez stimulante.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante
.

Partager : Facebook Twitter Email

 

Les Commentaires sont fermés

Christian Authier Plus d'articles de