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Lectures vagabondes et écrivains francs-tireurs

20 Déc Publié par dans Littérature | Commentaires

Thomas Morales et Bruno de Cessole signent deux recueils de textes saluant le grand style de quelques écrivains francs-tireurs.

Lectures vagabondes, éditions La ThébaïdeLes bons lecteurs et les grands critiques sont devenus une denrée rare. Le ronron promotionnel, l’engouement panurgique des journalistes et une absence de goût tiennent trop souvent lieu de «ligne éditoriale». Si Renaud Matignon, Bernard Frank ou Pol Vandromme ne sont plus là, il demeure cependant quelques irréguliers défendant en littérature un style, une sensibilité, une voix. Thomas Morales est de ceux-là. À quarante ans, auteur de plusieurs essais dont un récent Dictionnaire élégant de l’automobile (où il était déjà beaucoup question de livres), il vient de publier Lectures vagabondes, un recueil d’«articles buissonniers» qui affiche clairement ses filiations et parrainages.

Morales écrit à l’ombre de Blondin et des hussards. René Fallet, Alphonse Boudard, Roger Vailland, Patrick Besson, Jacques Perret, Albert Cossery ou Frédéric H. Fajardie constituent sa garde rapprochée. Il leur rend de beaux hommages ainsi qu’à d’autres comme François Bott, Philippe Lacoche, Bernard Chapuis ou le regretté Louis Nucéra. Son recueil est «subjectif, outrancier, désagréable, réactionnaire», avertit-il en annonçant que les «fausses gloires» et les «plumitifs en vogue» ne seront pas épargnés. C’est vrai, mais cela ne dit pas la générosité et l’humilité de ces pages qui réhabilitent, par exemple, François Nourissier, écrivain flatté et redouté de son vivant, injustement oublié aujourd’hui. Quand les «bons livres» se révèlent de «délicats produits de saison aussi rares qu’un foie gras artisanal ou un saumon sauvage», le lecteur doit se faire fureteur, braconnier, «potache, buissonnier, compulsif». La critique littéraire demande «à la fois de l’émotion et de l’ordre», note-t-il encore. Lectures vagabondes brille de ces deux vertus jusque dans ses digressions cultivant la nostalgie «d’un passé fantasmé, de succès étincelants, d’automnes rougeoyants, d’étés brûlants, de conquêtes faciles, d’une femme inaccessible, de guerres perdues, d’amis flamboyants, de voitures rapides, d’une vue courte et intense».

Compagnons fidèles

L’Internationale des francs-tireurs, L’ÉditeurIl n’est pas surprenant de voir Bruno de Cessole apparaître sous la plume de Thomas Morales à propos de son recueil Le Défilé des réfractaires paru en 2011 où il saluait des écrivains français (vivants ou morts) chers à son cœur. Il propose maintenant le versant «étranger» de cette confrérie d’irréguliers avec L’Internationale des francs-tireurs. Voici Conrad, Henry Miller, Mishima, Pessoa, Zweig, mais aussi James Salter, Henry David Thoreau, Ernst von Salomon ou Alexandre Zinoviev, autant d’écrivains ayant refusé «de suivre les rails rectilignes et commodes du conformisme, de la bien-pensance, de l’obéissance aux dogmes et aux préjugés qu’ils fussent sociaux, politiques ou littéraires.»

Mieux qu’une galerie de portraits, l’auteur de L’Heure de la fermeture dans les jardins d’Occident (prix des Deux-Magots 2009), que l’on peut lire chaque semaine dans Valeurs actuelles, signe un portrait de famille et une déclaration d’amour aux livres. À travers eux, il confesse avoir souvent rêvé sa vie plus que de l’avoir vécue, mais ils furent «les compagnons fidèles de mon existence, recours jamais déçu contre les importunités et les chagrins de la vie, asile de papier et d’encre contre la barbarie des temps modernes et la conjuration toujours renaissante des imbéciles et des goujats». Cette méthode de survie dans un environnement hostile fonctionne toujours. Faites passer.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante
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Lectures vagabondes, éditions La Thébaïde, 255 p.

L’Internationale des francs-tireurs, L’Éditeur, 605 p.

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