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Celui qui volait des instants de lumière

08 Déc Publié par dans Cinéma | Commentaires

« Mr Turner », un film de Mike Leigh

« Mr Turner », un film de Mike LeighJ M W Turner (1775-1851) est un être paradoxal. Son œuvre nous dévoile un hyper sensible, amoureux de la lumière et poète des paysages, incontestable précurseur de l’impressionnisme et même, sur la fin de sa vie, de l’abstraction lyrique. Mais malheur à celui qui est en avance sur son temps. Même la Reine Victoria, si prompte à saisir la moindre occasion politique, mais dont la culture n’était pas le fort, passa à côté de ce génie en le vouant aux gémonies. Mais qui était ce génie ? Le profil que nous en trace Mike Leigh dans ce long  film de 2h30 est, pour le moins, surprenant. Et  pourtant, ne doutons pas un instant du minutieux travail d’enquête qu’il a effectué en amont du scénario. A l’écran, interprété par Timothy Spall (Prix d’interprétation pour ce rôle, Cannes 2014), Mr Turner se présente comme un misogyne aux instincts animaux, s’exprimant, si l’on peut dire, sous forme de borborygmes porcins. Ayant rejeté, hors son père, toute sa famille, il n’ira même pas à l’enterrement de l’une de ses filles (!), cet être complexe trouve une sorte de paix dans la compagnie de la veuve Booth avec qui il s’installe jusqu’à son dernier souffle sous le nom de Mr Booth. Pas rancunier envers un milieu qui le rejette finalement après l’avoir adoré, le peintre lègue la majorité de son œuvre à la Couronne britannique. On peut aujourd’hui la voir à Londres à la Tate Gallery. Visionnaire dans son art, Mr Turner l’est aussi dans l’avancée des technologies et sera totalement angoissé par l’arrivée de la photographie, rassuré pourtant qu’elle soit, à l’époque, simplement  en noir et blanc. La lenteur du rythme de ce biopic des ultimes années du peintre, l’absence d’action, au sens physique du terme, peuvent décourager l’attention, voire ennuyer. Mais il y a la somptueuse caméra de Mike Leigh, des seconds rôles magnifiques et la magistrale confusion  perpétrée à plusieurs reprises entre la  réalité et les toiles. Sans oublier une peinture des plus jubilatoires de  la société victorienne.

Robert Pénavayre

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