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Voyages dans les terroirs

Le chef Yves Camdeborde et le dessinateur Jacques Ferrandez nous invitent à la découverte d’artisans et de producteurs à travers l’hexagone. Une certaine idée de la gastronomie et de la vie.

Yves Camdeborde et Jacques Ferrandez

C’est la rencontre entre deux maîtres. Un maître de la cuisine : Yves Camdeborde ; un maître de la bande dessinée : Jacques Ferrandez. De leurs voyages durant une année à la rencontre d’éleveurs, paysans, pêcheurs ou vignerons à travers les terres du vieux pays est né Frères de terroirs, un «Carnet de croqueurs» haut en couleurs et en finesse.

Ce tour de France gourmand et vagabond démarre gare de Lyon où le chef retrouve quelques bons compagnons (dont Thierry Breton et Rodolphe Paquin, figures de la bistronomie) dans un wagon où l’on tire-bouchonne et l’on saucissonne. «Un jour, nous prendrons des trains qui partent», écrivait Antoine Blondin. Chose faite ici et cap vers Montbrison dans le Forez pour rendre visite à Michèle Aubéry-Laurent du domaine Gramenon puis pour dénicher quelques truffes sur les pas de Monique et de sa chienne Fanny…

Au long de ces 120 pages subtilement dessinées et dialoguées par Jacques Ferrandez, aussi à l’aise quand il s’agit de mettre en images l’Orient, L’Étranger d’Albert Camus, l’Algérie, qu’une partie de pêche au homard à Chausey ou un détour par la criée aux poissons de Ciboure. Voici encore Jean-Charles Orso, ancien joueur de rugby désormais maraîcher bio à La Bocca à Cannes, ou Jean-Yves Bordier, fromager-beurrier d’exception à Saint-Malo qui appelle à «inclure les savoir-faire traditionnels dans les modes de production modernes». Restituer, perpétuer, transmettre sont parmi les mots d’ordre ce livre joyeux, ponctué de recettes inspirées par les rencontres avec ces producteurs et artisans guidés par l’exigence de qualité, de respect des sols, de l’environnement, des saisons.

Art de vivre

Frères de terroir, éditions Rue de SèvresPour Camdeborde et les siens, le terroir est vu comme un lien qui affranchit et non qui emprisonne. À la tyrannie techno-marchande hors-sol répond une reconquête locale et globale à dimension humaine. On savoure dans Frères de terroirs les libertés prises avec le quotidien, l’éloge de vertus ordinaires devenues aristocratiques : l’humilité, la fidélité, la générosité, la fraternité… Ainsi, cette séance de cuisine avec des détenus de la maison d’arrêt d’Angoulême. Les absents ne sont pas oubliés car ils ne nous quittent pas et le souvenir des moments partagés ressuscite Marcel Lapierre dans des pages où crépite l’humanité de «mangeurs de vie».

L’amitié réchauffe les cœurs, le drapeau noir des copains d’abord flotte sur la marmite, le goût de la dérive et de la promenade buissonnière est pratiqué comme  un art de vivre. Ces hommes et ces femmes restitués dans leur authenticité et leur sensibilité sont des professeurs d’énergie et d’espérance. France, pas morte. Faites passer la bonne nouvelle.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante
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Frères de terroirs, éditions Rue de Sèvres

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