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William Friedkin, vivre et filmer à Los Angeles

02 Déc Publié par dans Cinéma, Littérature | Commentaires

Enfant terrible du «Nouvel Hollywood», le réalisateur de French ConnectionL’Exorciste et Le Convoi de la peur publie ses mémoires.

William Friedkin

William Friedkin fait partie de ces cinéastes qui ne sont pas connus pour leurs meilleurs films, mais pour ceux qui ont eu le plus de succès. «Certains de mes films sont célèbres, d’autres ont été oubliés : ils se sont perdus quelque part sur les montagnes russes d’Hollywood, où les hauteurs vertigineuses sont invariablement suivies de profondeurs terrifiantes», confie-t-il dans Friedkin Connection. Né en 1935 à Chicago dans une famille de juifs ukrainiens installés aux Etats-Unis au début du XXème siècle, Friedkin fit ses armes à la télévision, touchant aussi bien au reportage, au documentaire qu’aux séries avant de signer des longs-métrages lorgnant sur les expérimentations du cinéma européen. Son premier coup d’éclat s’appelle French Connection (1971), récompensé par cinq oscars (meilleur film, meilleur réalisateur…) et suivi deux ans plus tard par L’Exorciste.

Deux succès planétaires incarnations de ce que le journaliste Peter Biskind nomma le «Nouvel Hollywood». Une génération de jeunes cinéastes (Francis Ford Coppola, Peter Bogdanovich, Martin Scorsese, Brian De Palma…) prend durant quelques années le contrôle de l’industrie cinématographique américaine au gré de projets audacieux bousculant les règles jusque-là en vigueur. A l’instar du statut «d’auteur» conféré en Europe au metteur en scène, ils se considèrent comme les seuls maîtres à bord au détriment des stars et des producteurs. Les dépassements de budget, les caprices et le comportement tyrannique de Friedkin transforment ses plateaux en champs de bataille, mais on lui passe tout.

Prise de risques

Friedkin Connection, éditions La MartinièreL’état de grâce prendra fin en 1977 avec la sortie de son remake du Salaire de la peur de Clouzot. Après un tournage homérique en République dominicaine, en Europe, en Israël et au Mexique ponctué d’avanies diverses, Le Convoi de la peur (Sorcerer) se révèle un cuisant échec commercial. Au même moment sort La Guerre des étoiles de Georges Lucas. «Il s’est passé avec ce film ce qui s’est passé quand McDonald est arrivé : le goût pour les bonnes choses s’est mis à disparaître. Il s’en est suivi une période de régression terrible. Et elle continue. Nous sommes tous tombés dans le trou», dira Friedkin. Lucas et Spielberg – plus malins, plus simplistes, plus cyniques – sonnent la fin de la récréation du Nouvel Hollywood avec leurs superproductions dédiées au pur divertissement et au profit.

Dès lors, la carrière de Friedkin naviguera entre œuvres personnelles et commandes, détours par la télévision ou la mise en scène d’opéras. Cruising et Le Sang du châtiment, qui abordent des sujets sensibles (homosexualité SM, peine de mort) lui valent d’être taxé de réac ou de «facho»… Sa mauvaise réputation n’est pas pour lui déplaire. En 1985, il réalise l’un des plus fulgurants films noirs des trente dernières années, Police Fédérale Los Angeles (dont on préfère le titre original : To Live and Die in Los Angeles), d’une audace et d’une radicalité intactes. Les années 90 et 2000 ne sont pas les plus fertiles jusqu’au vénéneux Bug (2007), impressionnante plongée dans une schizophrénie vertigineuse d’après une pièce de théâtre de Tracy Letts, auteur qu’il adapte à nouveau, cinq ans plus tard, pour réaliser Killer Joe (avec notamment un Matthew McConaghey génial), parfaite définition de son cinéma : «dépeindre le personnage américain comme un être psychotique, rongé de peurs et dangereux.» Anar, frondeur, arrogant, William Friedkin termine ses mémoires avec une profession de foi aux allures de défi : «Il est possible que j’échoue encore. Peut-être que la prochaine fois j’échouerai mieux.»

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante
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Friedkin Connection, éditions La Martinière, 640 p.

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