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Bal « sans frontières » à la Cave Poésie avec Didier Dulieux et Eric Boccalini

10 Nov Publié par dans Musique | Commentaires

A l’heure de l’apéro, la Cave Poésie se transforme en guinguette, on a poussé les chaises et les tables pour transformer la belle salle de briques roses en piste de danse; les petits malins se sont installés confortablement dans la cheminée pour déguster le punch et quelques amuse-gueules. Mais la plupart attendent avec impatience que commence le bal « sans frontières » de Didier Dulieux et Éric Boccalini: ils savent qu’il faudrait avoir deux jambes de bois pour ne pas succomber aux envolées des deux compères.

Et après la présentation de la 4° édition du Festival Des Théâtres Près de Chez Vous*, dont ils sont gré aux organisateurs de ne pas trop s’attarder sur scène (de toute façon, tout est dans la plaquette et sur internet), c’est parti pour la polka, la valse irlandaise, la béguine, la samba, le tango… Et bientôt, la danse déborde dans le couloir ; il ne faudrait qu’une sonorisation pour qu’elle se répande dans la rue du Taur et dans la cour de la Cinémathèque.

Eric Boccalini et Didier Dulieux

Issus d’univers aussi variés que les musiques du monde, le jazz ou le rock, Didier Dulieux et Eric Boccalini invitent à un concert-bal atypique et remuant, à vous donner des fourmis dans les jambes si vous ne pouvez quitter votre chaise pour raison de santé. 
Happé par la rythmique survoltée de la batterie ou les mélodies d’un accordéon tout terrain, c’est en dansant sur les musiques orientales ou balkaniques, irlandaises ou françaises que le public participe joyeusement.

Bal danseur © Christian Carrère

Parce que ces deux-là sont capables de tout interpréter avec le même brio. Dans ces soirées-là, personne ne reste sur sa chaise. Il faut dire qu’ils ont une arme secrète : «la danse de rencontre», ou « danse circassienne », un emprunt à la culture occitane qui a érigé « paratge et convivencia », partage et convivialité comme règles de vie en société (également pratiquée en Ecosse ou par certaines ethnies du Caucase, mais pas sur les pistes de Cirque ou les trapèzes volants). On fait un cercle en alternant hommes et femmes; honneur aux dames, les femmes font quatre pas en avant et reculent, les messieurs font la même chose, ensuite on prend sa voisine ou son voisin par la taille, on marche en esquissant des pas de polka. On se remet en cercle et ça repart! C’est irrésistible et très amusant. Impossible de perdre le rythme avec la frappe du batteur et l’accordéoniste nous fait tourner la tête, notre manège à nous, c’est lui: au bout de la danse, on se sent si bien qu’on a du mal à s’arrêter, comme les derviches tourneurs.

« La passion de la batterie, c’est toute ma vie! ». Chez Eric Boccalini, cette passion s’exprime chez lui à partir de 1974. A l’époque, fan de Led Zeppelin (dont le batteur a laissé des traces chez toute une génération de tambourineurs), il évolue du hard rock au rock progressif et en arrive au jazz. D’abord autodidacte, il étudie en 1978 le chant, le solfège et les percussions auprès de Pierre Rigopoullo au conservatoire d’Ivry s/Seine (94). En 1990, son séjour de six mois au Sénégal, en Casamance, le plonge au milieu des percussions. En 2003, avec Didier Dulieux, il crée un duo s’intitulant Bal du Monde. En 2005, le revoilà au service de la musique brésilienne avec Son Terra do Brasil. 
Par son père italien, il est le « méditerranéen » du duo: celui qui parle avec les mains, avec les baguettes pardon.

Didier Dulieux © Jean François Le Glaunec

Aux commandes de ce petit bal pas perdu pour un sou (ce n’est pas celui du pauvre Bourvil), l’accordéoniste Didier Dulieux a fait ses débuts sur scène dans les années 90, avec deux centres d’intérêts principaux, les musiques festives et le rapport image-musique (travail avec le groupe de photographes Lucette Omnibus, et maintenant avec Aller simple, voyage sans valise). Ses rencontres artistiques l’initient à l’improvisation et son parcours devient de plus en plus éclectique avec des expériences dans le domaine de la chanson, des musiques du monde, de la composition, ou plus récemment de la musique métissée. 
Avec ses compères le flutiste Jean-Pierre Lafitte et le tubiste Laurent Guitton, il a créé Abus de souffle dont le disque est un vrai régal, comme les concerts. Le dialogue entre le corps et l’accordéon crée chez Didier Dulieux un mouvement corporel particulier, parfois même dansé, qui vient renforcer le rapport énergique à l’instrument. On a pu écrire également de l’accordéon de Didier qu’il est pictural: il utilise cette facette de son jeu pour créer des paysages acoustiques chatoyants, qui conviennent également à merveille au Théâtre (« Lettres à nos hommes qui sont là-bas » avec Jean-Pierre Tailhades) ou à la Poésie (« Liberté, j’écris ton nom, donner à entendre les Poètes de la Résistance » des Baladins d’Icarie). Je n’oublie pas enfin que son Tibal Bazar a versé du baume sur le cœur de très nombreux enfants hospitalisés et de leurs familles dans la Salle Philippe Noiret de l’Hôpital des Enfants, du temps où la Culture à l’Hôpital était une priorité et non la rentabilité.

Quand on l’écoute, comme Francis Carco,

on ne tarde pas à comprendre

qu’il manie l’instrument

des poètes, des cœurs à prendre

et des petits garnements

comme des gentils et des tendres.

Et si vous croisez son Bal « sans frontières » avec Eric Boccalini, surtout, n’hésitez pas un instant:

Entrez dans la Danse,

Voyez comme on danse,

Sautez, dansez,

Embrassez qui vous voudrez.…

 

E.Fabre-Maigné

6-XI-2014

Des Théâtres Près de chez Vous* Festival Des Théâtres Près de Chez Vous :
 « Itinéraires de créations »
du 7 au 16 novembre – 4ème édition

Des Théâtres Près de Chez Vous, c’est plus de 30 spectacles dans 7 lieux : Cave Poésie, Théâtre du Chien Blanc, Théâtre du Grand Rond, Théâtre Le Hangar, Mix’Art Myrys, Théâtre du Pont Neuf, Théâtre Le Ring.

Une invitation faite à la découverte avec un PASS à 3€ pour toutes les séances dans tous les théâtres participants, favorisant ainsi un large accès à la diversité des propositions !

Signalons que cette édition insiste fort justement sur le parité Femme-Homme, que l’on ne défendra jamais assez, sans oublier qu’elle était aussi érigée en règle de conduite au XII° siècle par la civilisation des Troubadours, dont a hérité la philosophie occitane, avant d’être remisée au placard par le Concile de Trente et les siècles suivants. On sent actuellement une régression dans ce domaine et sur les droits des Femmes en particulier : soyons vigilants !

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