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Les horizons lointains de Patrick Besson

02 Nov Publié par dans Littérature | Commentaires

L’auteur de La Paresseuse et de Dara évoque ses voyages dans un recueil aux allures de kaléidoscope.

besson

Vu de loin, on pourrait imaginer Patrick Besson ne guère sortir des deux ou trois arrondissements parisiens où se trouvent les maisons d’édition et les journaux dans lesquels il écrit avec un rythme de stakhanoviste depuis quarante ans. Ses lecteurs les plus attentifs (de ses chroniques du Point) ou de certains de ses livres (Contre les calomniateurs de la SerbieMais le fleuve tuera l’homme blancCome BabyPuta Madre…) savaient déjà que l’écrivain né à Montreuil avait beaucoup voyagé et souvent séjourné : dans les Balkans, au Congo, en Thaïlande, au Mexique…

Déplacements est une manière de carnet de bord retraçant de la Californie à la Flandre en passant par Marrakech, Nice, Varsovie ou Saint-Amand-les-Eaux (sic) les humeurs de ce promeneur attentif, ironique, humble, curieux. Il ne faut pas attendre de Patrick Besson des développements historiques ou pratiques (il y a des guides pour cela), mais plutôt des portraits (dont celui de l’écrivain John Burdett qui vit à Bangkok), des notes, des sentiments et des impressions. À «ces villes de l’Est où il n’y a que des Blancs» succèdent les couleurs des voiles des belles de Téhéran : «Elles portent des foulards jaunes, mauves, vert clair. Ça doit être infernal d’avoir un chagrin d’amour en Iran. Toutes les femmes ayant la tête couverte, cachant leurs formes et se maquillant outre mesure, on a l’impression de voir son ex partout.»

Voyageur solidaire

Même en débarquant dans des pays lointains, on ne quitte pas tout à fait celui d’où l’on vient. Présence tremblée, floutée du décalé horaire : «On arrive à minuit heure française, mais le jour est déjà levé en Thaïlande, où il est 5 heures du matin. On ne sait pas s’il faut se coucher ou se promener. On se trouve à l’intérieur d’une hésitation. L’arrivée à Bangkok, pour un Français, est un mélange de faux jour et de nuit américaine, d’où son caractère irréel, incertain. Le soleil ne s’est pas couché pour nous, ce qui lui donne cette lumière hagarde aux yeux globuleux injectés de sang.»

Déplacements distille ses aphorismes («Quand les Serbes seront dans l’Europe, ils seront de nouveau dans le même pays que les Croates.» ; «Le buffet à volonté : seul endroit où les obèses font de l’exercice.») et ses évidences («Tous les touristes sont venus prendre du plaisir avec Paris et la ville entière le ressent : elle ondule, vibre et sourit en conséquence.») avec la décontraction voluptueuse d’un voyageur solidaire. Voyageur ou touriste ? «Le touriste ne veut surtout pas être un touriste, mais que veut-il être, puisqu’il fait du tourisme ? Il y aurait un tourisme intelligent : le voyage. C’est pourtant Mémoires d’un touriste qu’a écrit Stendhal, pas Mémoires d’un voyageur.», rappelle Besson qui, depuis le balcon d’une chambre d’hôtel au vingtième étage, essaie d’imaginer toutes les vies dissimulées derrière les «minuscules carrés de lumière électrique» que lui renvoient les tours voisines. Normal, c’est un écrivain.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante
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Déplacements, Gallimard, collection «le sentiment géographique», 144 p.

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