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La vie ça demande de l’encouragement

17 Oct Publié par dans Théâtre | Commentaires

L’ouverture de saison du théâtre Le Vent des Signes affichait « Gros-câlin » d’Émile Ajar, la nouvelle création de la compagnie franco-belge La Langue écarlate.

CALIN

Texte édité en 1974 par Romain Gary sous le pseudonyme de Emile Ajar, « Gros-câlin » est une fable tendre et totalement fantasque et désespérée. Par le biais de son narrateur Michel Cousin, elle se fait l’écho d’une société individualiste et atrocement normée qui crève de solitude et de détresse affective. Un roman d’une modernité saisissante et d’un style inventif qui éclate la syntaxe, joue avec les mots et les sonorités, pour raconter la folie, l’angoisse, le vide de l’existence doublé d’une poétique mise en abîme du thème de l’identité propre à l’auteur.

C’est avec cette adaptation pour la scène de « Gros-câlin » que la metteuse en scène Hélène Mathon ouvre un diptyque consacré aux espaces de la différence désigné par la formule «La Vie ça demande de l’encouragement» – phrase tirée du roman d’Ajar. Et c’est un intriguant Benoît Di Marco qui donne corps et voix à ce Michel Cousin qui, pour combler son manque de tendresse et de bras à l’étreindre, s’est pris d’affection pour un python de deux mètres vingt, le justement nommé Gros-câlin. Di Marco dans la peau de Cousin c’est une présence physique tout en longueur, filiforme, serpentine et malhabile donnant à entendre une langue angoissée, heurtée, enfantine d’une poésie simple et lumineuse. Langue qui émeut autant qu’elle amuse, sans pour autant y perdre de férocité. On y entend là tout ce que les grandes villes produisent d’êtres humains isolés, abandonnés de l’amour, encadrés par l’impitoyable triptyque métro-boulot-dodo, fuyant la réalité, s’inventant des chimères pour échapper à la folie, et s’offrant de temps à autre une pute, mais une «bonne», «parce qu’il faut bien rêver aussi». Des propos grinçants et parfois très crus sur l’amour, le sexe, Dieu, la société de consommation – bien avant Rodrigo Garcia ! – que le jeu clownesque de Benoît Di Marco fait passer en tendresse et naïveté, déclenchant une belle empathie dans le public toulousain du théâtre Le Vent des Signes, pour cette ouverture de saison, le vendredi 10 octobre.

En terme de scénographie, un aquarium surmonté d’une rampe lumineuse occupe le centre du plateau qui, selon son utilisation interne ou externe, offre au comédien une variation de situations scéniques : jardin d’acclimatation, salon d’appartement, bordel, cage d’ascenseur, bureau, hôpital… Après une acmé où son, image et verbe se télescopent dans un passage schizophrénique flamboyant, on regrettera que la fin retombe dans une narration qui a perdu de sa force d’interprétation tenue tout du long par un comédien chargé d’un burlesque inquiétant et douloureux.

Sarah Authesserre
une chronique de Radio Radio

Du lundi 19 au mardi 20 janvier, au CIRC, Centre Cuzin, allées des Arts, Auch.
Tél. 05 62 61 65 00.

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