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Olivier Maulin : tournée générale !

21 Sep Publié par dans Littérature | Commentaires

Gueule de bois met en scène les pérégrination éthyliques d’une bande de pieds nickelés. Désopilant.

Olivier Maulin © G.Garitan

«Il faut dire que de progrès en progrès, l’humanité avait dégringolé à une vitesse vertigineuse, oubliant tout, reniant tout, se moquant de tout, brandissant son renoncement comme ultime espérance, persuadée de s’élever à mesure qu’elle sombrait dans l’abîme. On était bel et bien passé des hautes civilisations mégalithiques à… Jacques Attali souhaitant pour la grandeur de l’homme “l’acceptation du neuf comme une bonne nouvelle, de la précarité comme une valeur, de l’instabilité comme une urgence et du métissage comme une richesse“. Quel Gouffre ! Quelle Chute ! C’était à se demander si ce n’était pas les démons qui avaient pris le contrôle de l’humanité !», s’emporte l’un des personnages de Gueule de bois en donnant assez bien le ton et l’humeur du roman autant que de l’auteur.

Olivier Maulin est un réac joyeux et anarchisant préférant rire des temps où nous sommes que de s’en lamenter en prenant des poses de dernière sentinelle de l’Occident. Les lecteurs de Richard Millet (comme de Catherine d’ailleurs) passeront donc leur chemin et laisseront ce livre entre les mains de lecteurs avides de dialogues audiardesques, de démesure rabelaisienne, de pur burlesque.

Remettez-nous ça

Gueule de bois - Olivier Maulin (Denoël)L’histoire ? Elle importe peu ici. Comme dans une dérive éthylique en bonne compagnie, on ne sait plus vraiment comment cela a commencé. Le rythme et le style priment sur les événements. Disons qu’une petite bande de journalistes et de zozos assez «curieux» se laisse emporter dans une folle équipée alcoolisée de vingt-quatre heures avant que l’on ne retrouve certains protagonistes dans les Vosges pour un reportage sur les loups…

On croisera une infirmière à l’identité sexuelle fluctuante, un émir, une sorte de Xavier Niel (beaucoup plus drôle et fidèle à son modèle que dans le roman d’Aurélien Bellanger), des chevreuils, des chiens, un sanglier domestiqué qui ressemble à Pompidou et des loups qui auront le dernier mot. Depuis ses débuts romanesques en 2006 avec le formidable En attendant le roi du monde, Olivier Maulin n’a eu de cesse de signer des livres drolatiques (Petit monarque et catacombesLe Bocage à la nage…) dans lesquels il brocarde l’époque et sa bien-pensance, la tyrannie techno-marchande, les importants. Ses personnages sont en quête d’un retour à la nature et à une vie communautaire débarrassée des contingences modernes. Tout cela n’est pas sérieux, mais hilarant. Remettez-nous la même chose !

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Gueule de bois, Denoël, 225 p.

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