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Zebda, toujours là

Le groupe toulousain poursuit sa route avec un nouvel album studio épatant avant un concert à la Halle aux Grains le 12 octobre.

Zebda

Milieu des années 80 : une nouvelle génération de chanteurs et de groupes surgit et va vite conquérir les sommets du Top 50. Ils s’appellent Gold, Jean-Pierre Mader, Images, Pauline Ester, Art Mengo, Kazero… D’autres suivront et cet «âge d’or» s’éteindra au cours des années 90. Depuis, certains continuent leur carrière plus confidentiellement (comme Art Mengo qui signe pourtant des disques excellents) quand Gold, Images ou Mader surfent sur la vogue de la nostalgie de cette époque en rejouant leurs tubes d’antan. Pendant que Les Démons de minuit et Capitaine abonnéoccupent les hit parades, la bande de Zebda fait ses premiers pas autour de Magyd Cherfi, des frères Amokrane (Hakim et Mustapha) et de quelques jeunes gens, mais l’écho de ces gamins des Izards et des Minimes mettra quelque temps pour que la popularité glanée dans les petites salles et les bars de la ville avant de se transformer en disque. A L’Arène des rumeurs (1992) succèdera Le Bruit et l’Odeur (1995) qui installe Zebda dans le paysage musical hexagonal.

Le succès colossal de Tomber la chemise (extrait d’Essence ordinaire sorti en 1998) repose sur un malentendu : le grand public adhère à Zebda pour cet hymne festif qui ne dit rien des engagements de ses membres, enfants déçus de la République. Après l’album Utopie d’occase (2002), le groupe se met entre parenthèses et ses membres s’investissent dans de multiples projets dont des livres et des disques solo pour Magyd Cherfi, deux albums pour «Mouss et Hakim»… Second Tour en 2012 marque les retrouvailles de Zebda prolongées par Comme des Cherokeessorti voici quelques jours.

«Ô Toulouse, où as-tu mis ton accent ?»

Car mine de rien, les Toulousains fêteront bientôt leur trentième anniversaire d’activité. Ils ont survécu aux modes pour signer sans doute leur disque le plus abouti. Si l’on retrouve ici le cocktail de sons et de genres ayant fait leur identité, le disque (conçu à cinq : Magyd, Mouss, Hakim, Rémi Sanchez et Joël Saurin) porte aussi la patte de Yarol Poupaud – guitariste de FFF (alias la Fédération française de funk) – qui a mixé et réalisé Comme des Cherokees. En témoigne le funk irrésistible des Petits pas ou le rock tonique comme un haka de Essai dont les paroles usent brillamment de la métaphore rugbystique : «on cherche des gestes qui ouvrent des espaces» / «cherchons un pilier juste pour tenir la baraque» / «on cherche l’esprit frère, on cherche les âmes sœurs». Si le Stade Toulousain a besoin d’un hymne pour «un rêve de couleurs : le Rouge et le Noir»…

On ne se lasse pas non plus du magnifique L’Accent tué sur lequel plane l’ombre de Nougaro. «Ô Toulouse, où as-tu mis ton accent ?», se demandent ses petits-enfants constatant que le visage d’une ville change plus vite que le cœur d’un mortel : «J’étais là au centre-ville quand je me suis aperçu, que je n’étais plus dans la ville que j’aimais, ça m’a déplu». D’autres chansons (Fatou, Les Chibanis) ont d’ailleurs le cœur lourd, mais avec Zebda on se contente d’effacer «une petite larme en passant». L’énergie et «la tradition du pavé» reprennent le dessus. On pourra voir et entendre tout cela le dimanche 12 octobre à la Halle aux Grains.

Christian Authier
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