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Voyage au pays de la comédie française

24 Août Publié par dans Cinéma | Commentaires

Les comédies françaises raflent souvent la mise au box-office, damant même le pion aux blockbusters hollywoodiens. Analyse d’un phénomène.

Le Corniaud réalisé par Gérard Oury

Le succès, aussi massif qu’inattendu, de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? (qui s’approche des 11 millions d’entrées) nous rappelle que la comédie est depuis longtemps le genre majeur du cinéma français au box-office : des récents Intouchables (19,5 millions d’entrées) et Bienvenue chez les Ch’tis (20,5 millions d’entrées) à La Grande Vadrouille (sorti en 1966 et qui rassembla 17 millions de spectateurs).

Mieux encore, le registre comique s’enracine chez nous dès la naissance du cinéma (avec notamment Max Linder, Georges Méliès…) et permettra ensuite à des génies aussi différents que René Clair, Sacha Guitry ou Marcel Pagnol de signer des œuvres inoubliables. Dans la famille des immenses créateurs, comment ne pas citer Jacques Tati, mais il ne faut pas oublier Pierre Etaix dont la poésie et la fantaisie ne sont pas sans liens avec celles de l’auteur de Mon Oncle.

Evidemment, pas de grandes comédies sans de grands acteurs. Là encore, le cinéma hexagonal peut s’enorgueillir de comédiens hors-normes dont Louis de Funès demeure aujourd’hui la référence indépassable aussi bien grâce aux classiques réalisés par Gérard Oury que grâce à des œuvres reposant quasiment sur sa seule personne (la série des Gendarmes à Saint-TropezOscarHibernatus). Les années 70 marquèrent une manière d’âge d’or de la comédie sinon par la qualité des films du moins par leur extraordinaire diversité. Claude Zidi (longtemps méprisé par la critique avant d’être redécouvert dans les années 80) incarne cette fertilité, dirigeant aussi bien les Charlots que de Funès, Pierre Richard, Coluche, Jacques Villeret…

Audiard, Blier, le Splendid et les autres

En 1973, les Français découvrent l’humour grinçant de Bertrand Blier avec Les Valseuses et celui doux-amer de Pascal Thomas avec Les Zozos, cinéaste inspiré qui est toujours resté fidèle au genre. Un an plus tard est créé le café-théâtre du Splendid d’où émergera une génération d’acteurs et d’auteurs (Michel Blanc, Christian Clavier, Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot, Anémone, Josiane Balasko…) que l’on retrouvera au générique de dizaines de films dont des classiques (Les Bronzés – et ses suites – de Patrice Leconte en 1977, Le père Noël est une ordure de Jean-Marie Poiré en 1982…). En 1976, le scénariste et dialoguiste Francis Veber réalise son premier long-métrage (Le Jouet) qui inaugure une série d’immenses succès (La ChèvreLes CompèresLes FugitifsLe Dîner de cons…).

Le jouet un film de  Francis Veber

Pas de grandes comédies non plus sans scénaristes et dialoguistes de talent. Nul besoin de rappeler la trace laissée par Michel Audiard (créateur dans la lignée de Céline d’un «argot» et d’un langage populaire très écrits s’abreuvant aux sources les plus classiques de notre littérature), mais Jean-Loup Dabadie imposa également sa patte (en particulier avec Yves Robert: Un éléphant ça trompe énormémentNous irons tous au paradis) ainsi que plus près de nous le tandem Bacri/Jaoui. Voici au moins vingt ans que le paysage de la comédie française a vu l’irruption d’acteurs venus de la télévision (Les Inconnus, les Nuls emmenés par Alain Chabat, José Garcia, les Robins des Bois, Kad Merad, Edouard Baer, Benoît Poelvoorde, Jamel Debbouze, Omar et Fred, Jean Dujardin, Gustave Kervern, Benoît Delépine…) ou du one-man-show (Albert Dupontel, Patrick Timsit, Valérie Lemercier, Gad Elmaleh, Dany Boon, Elie Semoun, Franck Dubosc…). Le tout avec des bonheurs artistiques très variables, la facilité des déclinaisons de succès (La Vérité si je mensAstérixCamping…) et un nombre incalculable de navets. Le spectacle continue…

Des comédies à redécouvrir

Elles n’affolèrent pas le box-office lors de leur sortie, mais voici quelques comédies contemporaines à découvrir ou redécouvrir.

Les Apprentis (1995) de Pierre Salvadori

De Cible émouvante en 1993 au récent Dans la cour, Pierre Salvadori a déployé un univers singulier, tout en finesse, en s’attachant à des êtres décalés. La preuve aussi avec ces Apprentis où François Cluzet et Guillaume Depardieu interprétaient deux paumés voguant de petites combines en arnaques minables. Il flotte ici le parfum de la comédie italienne de la grande époque au gré de répliques cultes : «Comment tu fais pour dire autant de conneries ? Tu prends des cours du soir ?» ; « – Et le linge sale, vous le mettez où ? – Ben, on le porte…». On rit pour ne pas pleurer, mais qu’est-ce qu’on rit…

Les Parasites (1999) de Philippe de Chauveron

Bien avant de réunir plus de dix millions de spectateurs avec Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?, Philippe de Chauveron (scénariste et réalisateur) signait un premier film désopilant, une comédie chorale mettant en scène une dizaine de personnages autour d’un réveillon du premier de l’an virant à la catastrophe. Situations irrésistibles, dialogues imparables, comédiens fabuleux (géniale composition d’Elie Semoun dans le rôle d’un flic devenu dingue après le départ de sa femme), rythme effréné : tout est parfait. Cependant, qu’est devenu Oulage Abour, acteur principal et coscénariste du film ?

André le Magnifique (2000) d’Emmanuel Silvestre et Thibault Staib

Ce film, adapté de la pièce de théâtre à succès éponyme écrite, mise en scène et interprétée par Isabelle Candelier, Loïc Houdré, Patrick Ligardes, Denis Podalydès et Michel Vuillermoz (qui rafla cinq Molières en 1998), avait tout pour devenir Le père Noël est une ordure de son époque. Hélas, portée à l’écran, l’histoire hilarante d’une pièce de théâtre montée dans un petit village du Sud-Ouest ne rencontra pas le public. Pourtant, cette équipe de comédiens – des fidèles des films de Bruno Podalydès – faisait des merveilles.

Liberté-Oléron (2001) de Bruno Podalydès

Chez les frères Podalydès, on écrit et on joue ensemble, mais Denis laisse Bruno derrière la caméra. Jusque-là, nous n’avons pas à nous plaindre. Par exemple avec Liberté-Oléron, récit des vacances mouvementées de la famille Monnot (Monsieur, Madame et leurs quatre garçons) ou comment l’acquisition d’un voilier manque de tourner à la tragédie. Les pas de côté poétiques ou les accents plus sombres n’entravent jamais l’extraordinaire souffle burlesque. Chef-d’œuvre.

Fais-moi plaisir ! (2009) d’Emmanuel Mouret

Scénariste, réalisateur et interprète : Emmanuel Mouret, né en 1970, a imposé son style en une poignée de films : le marivaudage rohmérien revu par la ligne claire anglo-saxonne (Lubitsch, Blake Edwards). De cette heureuse rencontre naissent des petits bijoux à l’image de Fais-moi plaisir !, romance dont il ne faut pas dévoiler le motif secret. Délicatesse, élégance, stylisation sont les meilleurs alliés de Mouret. Quelle bouffée d’air frais !

Mariage à Mendoza (2013) d’Edouard Deluc

Deux frères quittent Paris pour se rendre au mariage d’un cousin en Argentine. Le benjamin (Nicolas Duvauchelle) a le moral dans les chaussettes depuis que sa compagne l’a quitté, l’aîné (épatant Philippe Rebbot) ne pourra pas cacher longtemps sa dépression chronique tandis que les horizons lointains vont bouleverser leur existence… Sur un scénario qui n’a rien à envier à Very Bad Trip, Edouard Deluc livre un premier film plus que prometteur. Très drôle, cocasse, enthousiasmant, avec ce qu’il faut d’accès de mélancolie.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante
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