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Les livres de l’été

19 Juil Publié par dans Littérature | Commentaires

Des voyages, du sport, de l’Histoire et des histoires, du cinéma : tout ce qu’il faut pour passer un été en compagnie de bons livres.

Littérature

Vers Istanbul

Sébastien de Courtois signe avec Un thé à Istanbul (le Passeur éditeur) une passionnante plongée dans une ville racontée à travers son passé et son présent, ses écrivains, ses gens ordinaires… L’auteur, stambouliote depuis plusieurs années, distille une passion communicative au fil de pages vivantes, riches de mille choses et d’une érudition jamais pesante.

Direction Brésil

Passage obligé en cette période de Coupe du Monde notamment en compagnie d’Olivier Guez qui dans Éloge de l’esquive (Grasset) dresse un portrait sensible du pays et de quelques-uns de ses artistes du ballon rond : Garrincha, Pelé, Zico et la magnifique équipe de 1982, Robinho… Ou comment le dribble brésilien est porteur d’une histoire, d’une culture et d’une esthétique. On retrouve Garrincha et le football dans Théorie de Rio de Janeiro (Actes Sud) de Sébastien Lapaque nous montrant la mégalopole tropicale au-delà des clichés en «une suite carioca, une bacchanale brésilienne, un carnaval coloré». Enchanteur.

Il était une fois la Yougoslavie

Un vieil apiculteur serbe oublié par sa famille dans son hameau de la Krajina alors que la région a été reprise brutalement à l’été 1995 par la nouvelle Croatie indépendante… Le premier roman de Slobodan Despot, Le Miel  (Gallimard), raconte la dislocation de la Yougoslavie en mettant en scène des personnages émouvants dans une sorte de conte à la narration virtuose. Lumineux.

Tours de France

Dès son premier livre, Mes Tours de France (La Petite Vermillon), aujourd’hui réédité en poche, Michel Bernard (auteur également du superbe Corps de la France) exposait son art et sa manière : mêler petits et grands motifs, souvenirs intimes et Histoire pour peindre le vieux pays. Un texte qui s’adresse aux amoureux du cyclisme, mais pas seulement.

Espagne postfranquiste

On connaît le grand talent de Javier Cercas (Les Soldats de SalamineAnatomie d’un instant…), son dernier roman, Les Lois de la frontière (Actes Sud), l’illustre une nouvelle fois. Retraçant l’histoire d’un gangster devenu un mythe dans l’Espagne de l’après-Franco, l’écrivain s’attache autant aux destinées individuelles que collectives avec maestria.

Comédies

Dans sa veine comique ou satirique, le roman français compte quelques épées particulièrement affutées : Olivier Maulin, Nicolas Fargues, Alain Monnier, Benoît Duteurtre, Iegor Gran… En trois romans, Jean-Claude Lalumière a imposé lui aussi sa petite musique mordante où affleurent des accents désenchantés. La preuve avec Comme un karatéka belge qui fait du cinéma (Le Dilettante) plein de cocasserie et de poésie. Quant à Stéphane Hoffmann, son recueil de trois nouvelles aux allures de contes, Le méchant prince et autres histoires sans morales (Albin Michel), brille d’une fantaisie et d’une insolence jubilatoires. L’esprit du grand Marcel Aymé n’est pas loin. On ne s’en plaindra pas.

Choc des civilisations

A travers une trilogie romanesque initiée l’an dernier avec L’Écriture du monde et prolongée voici peu avec La Croix et le Croissant (Stock), François Taillandier entraîne le lecteur du Vème au XIème siècle dans le choc des royaumes, des empires et des religions. Loin des conventions du «roman historique», celui qui est l’un de nos meilleurs écrivains explore des caractères, des sentiments, des rêves aux accents universels sans céder à l’anachronisme ni au didactisme. Héraclius, Dagobert, Mahomet ou Charles Martel deviennent sous sa plume de vrais personnages, plus vivants que bien de nos contemporains. Superbe.

Polar

Connaissez-vous Spero Lucas ? C’est le dernier détective privé créé par George Pelecanos qui, après Une Balade dans la nuit (sorti récemment en poche), revient dans Le Double portrait (Calmann-Lévy). Cet ancien Marine ayant servi en Irak règle ses comptes dans un Washington décrit par l’écrivain avec son acuité habituelle. C’est nerveux, tendu, avec ce qu’il faut de moments de latence et d’explosions de violence.

Histoire

On vient de fêter le soixante-dixième anniversaire du débarquement en Normandie et celui de la libération de Paris ne va pas tarder. L’occasion de revisiter ces épisodes (et quelques autres) dans Nous n’étions pas des héros (Calmann-Lévy) où Benoît Hopquin a recueilli les souvenirs de quatorze Compagnons de la Libération. Comme le titre l’indique, l’humilité est de mise chez ces patriotes qui en juin 40, et alors âgés d’une vingtaine d’années, décidèrent de continuer le combat. Émouvant et enthousiasmant à la fois. C’est une autre épopée de la seconde guerre que relate le roman graphique La Nueve (éditions Delcourt) de Paco Roca. L’auteur reconstitue l’incroyable histoire de ces anciens combattants républicains de la guerre d’Espagne qui se retrouvèrent plus tard dans les rangs de la 9ème compagnie du Régiment de marche du Tchad intégrée au sein de la 2ème DB. La fiction se marie ici à la précision historique de la plus belle des façons.

Écrans noirs

Bien sûr, il vaut mieux aimer l’œuvre du cinéaste pour s’attaquer à Eric Rohmer (Stock), énorme et passionnante biographie du réalisateur de Ma nuit chez Maud due à Antoine de Baecque et Noël Herpe. Le tandem réussit la performance de ne jamais ennuyer sans rien négliger de la «Rohmérie». On trouve même dans leur livre l’article féroce que Patrick Besson consacra au dernier film du cinéaste : Les Amours d’Astrée et de Céladon. Article repris dans Premières séances (Fayard), gros recueil de près de mille pages rassemblant les chroniques cinématographiques de l’auteur de Dara. Besson écrit sur le cinéma avec la même liberté, inspiration, drôlerie, tendresse, cruauté que l’on aime dans ses romans. Pas d’œillères chez ce cinéphage dont la soif de découverte est intacte. Voici un livre qui donne envie d’aller au cinéma.

 

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

 

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