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La liquidation, c’est maintenant…

07 Juil Publié par dans Littérature | Commentaires

Dans son roman d’anticipation, La Liquidation, Laurent Cordonnier imagine un monde déshumanisé qui ressemble déjà au nôtre.

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Un livre qui met en exergue un extrait du chef-d’œuvre pour happy few de Baudouin de Bodinat, La Vie sur terre, mérite que l’on s’y arrête. Ainsi, La Liquidation, premier roman d’un économiste ayant publié deux essais. D’emblée, on est impressionné par la peinture minutieuse d’une société qui évoque à la fois 1984 d’Orwell, Le Meilleur des Mondes d’Huxley ou Philip K. Dick. La particularité du monde imaginé par Laurent Cordonnier est que les libertés formelles semblent respectées, mais la vision comptable et la douce tyrannie techno-marchande ont réussi à imposer un asservissement aussi efficace que les totalitarismes d’autrefois.

Dans La Liquidation, tout se monnaie (y compris une place sur la terrasse d’un café selon les cours de la Bourse, l’air que l’on respire…), tout est mouvant, tout ce qui était solide est devenu liquide, l’impitoyable liberté du commerce règne, les rapports amoureux et familiaux sont réduits à de simples rapports d’argent. L’intimité et le secret sont bafoués par des caméras et des réseaux sociaux flattant le narcissisme des êtres. Echapper à la transparence généralisée a aussi un prix. La flexibilité, le contrat à durée éphémère l’ont emporté au nom de la mise en concurrence de tout et de tous.

Monde moderne

La liquidation - Laurent CordonnierHeureusement, ce tableau d’une social-démocratie libérale poussée dans sa logique ultime n’est pas asséné par la rhétorique du roman à thèse, mais par l’imaginaire du roman d’anticipation. Le héros de La Liquidation, Philippe Smithski, employé au Monde entier, le dernier journal demeurant sur Internet, apprend que le titre va s’éteindre et découvre par la banque qui gère son existence que son avenir est des plus précaires, sous la menace d’une faillite personnelle nécessitant une remise en perspective de sa propre valeur marchande…

L’humour (noir) et la tension qui naît d’une machination aux ressorts multiples participent aux charmes d’un roman virtuose. Certes, il manque à La Liquidation la fluidité et le rythme dont Jérôme Leroy a fait preuve dans Monnaie bleue ou La Minute prescrite pour l’assaut, chefs-d’œuvre du genre dans l’anticipation d’inspiration orwellienne. Mais, à sa façon, Laurent Cordonnier donne une belle version littéraire de la prédiction de Bernanos selon lequel le monde moderne était une gigantesque conspiration contre toute espèce de vie intérieure. Pour autant, Smithski et quelques autres vont réagir, opposer le rêve d’une société décente au cauchemar climatisé d’un univers saturé et sous contrôle. Espérance pas morte…

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

La Liquidation, éditions Les Liens qui Libèrent, 365 p.

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