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True Detective, vraie réussite

03 Juil Publié par dans Cinéma | Commentaires

Interprétée magnifiquement par Matthew McConaughey et Woody Harrelson, la série en huit épisodes créée par Nic Pizzolatto allie classicisme et originalité. Une œuvre fascinante disponible en DVD.

True Detective

Si nombre de productions de l’industrie du spectacle sont souvent «survendues» et promues par un habile marketing, True Detective mérite largement la rumeur puis la critique louangeuses ayant entouré sa diffusion voici quelques mois aux Etats-Unis. La série, produite par HBO (qui a révolutionné le genre ces vingt dernières années avec notamment OzSex and the CityLes SopranoSur écouteBoardwalk Empire…) relate à travers huit épisodes d’une heure une enquête autour de meurtres commis sur des jeunes femmes. L’originalité ne réside pas ici dans la trame de départ, mais dans la façon dont l’histoire va être racontée.

Celle-ci met en scène deux inspecteurs de la police de l’Etat de Louisiane, Rustin Cohle et Marty Hart, qui enquêtèrent en 1995 sur un crime rituel et des disparitions d’enfants. En 2012, ils sont interrogés par un autre tandem de policiers apparemment sur la piste d’un nouveau crime du même type. Dès lors, True Detective ne cessera de voyager dans ces dix-sept années et de mettre en scène un récit évoquant un énorme roman ou film-fleuve de huit heures. Aucune série à ce jour n’avait affiché aussi clairement l’ambition de faire de la narration son principal sujet. Des chefs-d’œuvre comme Sur écoute ou Treme (auxquels participèrent quelques fines plumes du roman noir US : Dennis Lehane, George Pelecanos, Richard Price…) possédaient déjà cette inspiration littéraire, mais True Detective présente la particularité d’avoir été créé par un écrivain de trente-neuf ans, auteur d’un recueil de nouvelles et d’un roman noir formidable : Galveston, sorti en France en 2011.

«La nouvelle littérature populaire de notre époque»

True détective - saison 1 (coffret 3 dvd)Les deux personnages principaux sont l’autre matériau de True Detective. Hart et Cohle délivrent leur version du passé, agissent sur le présent, occupent l’espace d’une manière incroyable tandis que l’on découvre peu à peu leurs secrets, leurs mensonges, leurs ambiguïtés… McConaughey et Woody Harrelson se révèlent encore une fois exceptionnels. Le talent longtemps ignoré du premier n’est plus à démontrer (de Killer Joe à Mud en passant par Dallas Buyers Club qui lui a valu l’oscar cette année), mais il faut rendre justice au second dont nombre de compositions (Semi-proThe MessengerRampart) demeurent méconnues. A ne pas oublier cependant le rôle tenu par Michelle Monaghan, toute en finesse.

True Detective assume certaines conventions du genre (la traque d’un tueur en série, la rivalité entre les enquêteurs…) tout en les subvertissant par le refus du spectaculaire et des coups de théâtre factices, le goût pour la lenteur et de longs dialogues aux accents métaphysiques. Les décors et les paysages de la Louisiane dévoilent au gré d’une photographie superbe leur ambivalence onirique : entre bayous et poussière, soleil et brouillard, ciels propices aux hallucinations et bars louches où rôde le Mal. La mise en scène du jeune Cary Fukunaga (à qui l’on doit deux excellents long-métrages Sin Nombre en 2009 et Jane Eyre en 2011) rappelle l’art atmosphérique et hypnotique du meilleur Michael Mann.

«Les séries sont devenues la nouvelle littérature populaire de notre époque. Elles ne remplaceront pas la prose ou la poésie, mais elles offrent une expérience narrative ouverte à tous. Les Soprano ou Sur écoute me semblent plus vitales, plus viscérales que la plupart des romans contemporains», déclarait récemment Nic Pizzolatto. Il vient d’illustrer brillamment son propos avec la première saison de True Detective qui renoue avec le format de l’anthologie, c’est-à-dire d’une histoire close. Pour la seconde saison qui changera de décor et de personnages, Joaquin Phoenix, Christian Bale, Josh Brolin ou Jessica Chastain seraient pressentis. En attendant, on peut voir ou revoir cette histoire fascinante où le classicisme se marie aux plus fulgurantes audaces.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

 

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