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Un chien de paille

21 Juin Publié par dans Littérature | Commentaires

L’auteur de Rouge Brésil signe avec Le Collier rouge un roman captivant inspiré par la première Guerre mondiale.

Jean-Christophe Rufin © BALTEL/SIPA

Il y a d’abord un chien qui aboie. Sans cesse depuis des jours devant la prison d’une petite ville, sous-préfecture du Bas-Berry, écrasée par le soleil. Dans l’une des cellules se trouve, sous l’œil d’un gardien torve, un ancien héros de la Grande Guerre. Nous sommes peu après le carnage et le chef d’escadron Hugues Lantier du Grez vient rencontrer le détenu : Jacques Morlac, caporal décoré de la Légion d’honneur. Le héros risque apparemment la plus lourde des peines, mais qu’a-t-il fait pour mériter cela ? L’officier chargé d’interroger le prisonnier veut en avoir le cœur net et va devoir comprendre le rôle de ce chien hurleur pour percer le mystère du soldat qui semble vouloir être condamné…

Entre Japrisot et Giono

Le Collier rouge, Gallimard,D’après une histoire authentique, ainsi que l’auteur le confie à la fin du roman, Jean-Christophe Rufin tire un récit captivant, nerveux, tremblant. Que vient faire ici le cabot couvert de cicatrices sur le dos et les flancs, héritées de blessures par balles ou d’éclats d’obus ? Qui est pour Morlac la farouche Valentine ? Quels liens unissent le soldat frondeur et le chien fidèle ? «Qu’il ait entretenu avec les bêtes, comme tous les paysans, un rapport utilitaire et dépourvu de toute effusion, il le comprenait. Mais il semblait y avoir autre chose, come une forme de ressentiment. Que s’était-il passé entre eux, que le prisonnier ne disait pas ?», écrit Rufin.

Il ne faut pas trop dévoiler les tours et les ressorts de ce Collier rouge qui évoque autant que le Japrisot du Long dimanche de fiançailles (pour l’habileté du récit) que le Giono du Hussard sur le toit (pour la sensualité voire le naturalisme des situations). Avec une virtuosité de démiurge, l’écrivain dévoile peu à peu les actes d’une tragédie qui a peut-être accouché d’un «outrage à la nation». Au final, Le Collier rouge est l’histoire d’une trahison et d’une fidélité. Cette dernière est la plus émouvante d’un roman qui impressionne par son humanité si fragile et pourtant indestructible.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Le Collier rouge, Gallimard, 160 p.

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