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L’homme de Rio

09 Juin Publié par dans Littérature | Commentaires

Dans un défilé de paysages et un carnaval de sensations, Sébastien Lapaque nous fait partager son amour pour Rio de Janeiro.

Les lecteurs de Sébastien Lapaque connaissent son tropisme pour le Brésil décliné aussi bien à travers un essai sur l’exil de Bernanos, un récit de voyages ou un roman (La Convergence des alizés). Nulle surprise donc à le voir publier, quelques semaines après sa Théorie de la carte postale, et avant que la Seleçao brigue sur ses terres un cinquième titre mondial, cette Théorie de Rio de Janeiro.

Sébastien Lapaque

Habité par le sentiment de connaître la ville depuis toujours, l’écrivain prend le lecteur par la main et l’emmène vers les lieux qu’il a aimés au gré de ses séjours. Ce petit livre, que le voyageur peut glisser dans sa poche, est «un guide pratique, littéraire, historique et sentimental organisant de manière claire deux ou trois choses que je sais de la ville de Rio de Janeiro», mais aussi «une suite carioca, une bacchanale brésilienne, un carnaval coloré». L’un des bonheurs de lecture réside dans ce va-et-vient entre rendez-vous incontournables (le Pain de Sucre, Copacabana, le stade Maracana…) et dérives buissonnières, entre culture érudite et culture populaire. Le même heureux mélange se retrouve dans le panel des émotions et des sensations, «balancement subtil de l’âme à travers un territoire libre, sans frontières, aux identités variées.»

 

Généreux et fraternel

Théorie de Rio de Janeiro - Sébastien LapaqueEn compagnie de Lapaque, on a faim, on a soif, on regarde les statues, on écoute le chant des oiseaux, on flâne dans les rues, on s’attable dans un estaminet sans oublier que le seul monument à visiter au Brésil est son peuple. Les icônes ne sont pas négligées – voici Joao Gilberto, Tom Jobim, Garrincha… – pas plus que les écrivains venus ici autrefois et dans les pas desquels l’auteur marche : Cendrars, Lévi-Strauss, Bernanos, Zweig… Théorie de Rio de Janeiro nous montre la mégalopole tropicale comme un kaléidoscope où se fondent «plages et montagnes, sud et nord, mer et baie, luxe et dénuement».

Bien sûr, le présent n’est pas toujours riant et Rio n’échappe pas à la rationalisation marchande : «Cette obsession de la désinfection et ce goût du divertissement devenus la norme dans toutes les grandes capitales du monde étaient quand même un signe terrifiant de décivilisation.» De son côté, la sourde mémoire du passé – le commerce des esclaves africains, les juifs fuyant le nazisme – pose également ses ombres sur des pages pleines d’enchantement. Ailleurs, la bossa et les musiciens des rues font résonner des mélodies magiques et contagieuses. Avec une érudition jamais pesante, aérienne, souriante comme une conversation amicale et des aveux chuchotés, Sébastien Lapaque nous propose un livre généreux, fraternel et que l’on a envie d’offrir. Faites passer.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Théorie de Rio de Janeiro, Actes Sud, 112 p.

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