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The Homesman, une certaine idée de l’Amérique

31 Mai Publié par dans Cinéma | Commentaires

Avec son second film en tant que réalisateur, Tommy Lee Jones signe un superbe western au cœur d’une Amérique sauvage.

The Homesman - Tommy Lee Jones

Mary Bee Cuddy est une forte femme. Dans une petite communauté du Nebraska, elle s’occupe de sa ferme et de ses terres d’une main de maître, mais à 31 ans, elle est toujours célibataire. Autoritaire, un brin revêche, elle fait fuir les possibles prétendants. A cette date (1855) et en ces contrées, les hommes préfèrent les femmes soumises et certaines ne supportent pas cette rude existence. A l’image de ces trois femmes de pionniers qui ont perdu la raison. Les maris décident de les renvoyer dans leur famille, à l’Est. Avec son cran habituel, Mary Bee se porte volontaire pour remplacer l’homme désigné afin de mener ce voyage de quatre à cinq semaines en territoires hostiles. Elle récupère les pensionnaires de son chariot-cellule avant de croiser un individu sur un cheval avec une corde au cou. Sauvé de la pendaison, ce vieil aventurier sans foi ni loi devra accompagner la jeune femme dans son périple…

Le premier film de Tommy Lee Jones cinéaste, le remarquable Trois enterrements, était une sorte de western contemporain. Avec The Homesman, il s’inscrit plus directement dans le genre, mais dans un style que ne renierait pas le Eastwood de Josey Wales, hors-la-loi et d’Impitoyable. Car la figure apparemment classique du tandem désaccordé va aborder des rives inattendues. Comme son ami l’écrivain Cormac McCarthy, Tommy Lee Jones s’inspire plus de la Bible que du cahier des charges des productions hollywoodiennes. «Je ne suis pas un ange», déclare lors de leur première rencontre la pieuse Mary Bee au mécréant prétendant s’appeler Briggs. Lui se transformera en ange exterminateur et acceptera de se faire bénir.

Wild Wild West

Avant cela, The Homesman (néologisme traduit en français sous le terme de «rapatrieur») nous aura montré une Amérique où règnent la sauvagerie et la violence. Les trois folles que convoient Mary Bee et Briggs ont finalement plus de pureté et d’innocence que l’humanité qui les entoure. Le cinéaste fait défiler une formidable galerie d’êtres brutaux, lâches, cupides, bigots, puritains, frustrés… Cow-boys, pionniers, capitalistes, Indiens : la mythologie de la conquête de l’Ouest en prend un coup. Ce n’est évidemment pas la première fois, mais Jones le fait à sa façon, à la fois franche et elliptique (furtive image de Noirs enchaînés).

The Homesman  - Hilary Swank

Le rire et la bouffonnerie côtoient l’effroi et le tragique, la damnation fait un pas de côté avec la sainteté. On savait l’acteur-réalisateur texan passionné d’art contemporain, certains plans d’intérieur nous montrent que les maîtres flamands ne lui sont pas étrangers. Ailleurs, des paysages évoquent la mélancolie des toiles de Remington. On reçoit à travers ces images belles et rêches des moments de grâce et des coups à l’estomac. Les clichés ont été priés de voir ailleurs, les silences et les non-dits s’invitent à leur place. On ne s’en plaindra pas. Si Hilary Swank et Tommy Lee Jones sont magnifiques, tous les seconds rôles se mettent au diapason. Quelques vedettes se contentent d’apparitions (John Lightgow, James Spader, Hailee Steinfeld, Meryl Streep). On les comprend. Plus tard, ils pourront dire : «J’y étais».

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

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