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Elégie pour Isabelle Paget, grande Dame marionnettiste

28 Mai Publié par dans Théâtre | 2 Commentaires

Chère Isabelle

Tu m’as ouvert les portes du Théâtre de Marionnettes, cet art très ancien que tu maitrisais à merveille, quand je faisais mes premiers pas dans le spectacle vivant. Je me souviens en particulier, comme si c’était hier, de ces représentations dans la cour du Château comtal, lors du 1° Festival de Carcassonne en 1973, quand ce n’était pas encore une grosse entreprise, à l’invitation de Monsieur Jean Deschamps (cette année-là, j’ai pu faire jouer Magma dans le Grand Théâtre de Cité!). J’ai eu la grande joie que tu me confies le projecteur de poursuite, pour le Marchand de Sable, quand le Théâtre de la Cavale s’appelait encore Caroube, Théâtre du Bateleur, le premier nom de notre métier de saltimbanques. Après, nous nous croisions souvent sur les routes du spectacle vivant, et même dans le métro parisien, tout à fait par hasard; mais y a t’il un hasard ? Et c’était toujours un plaisir partagé: ta générosité et ton enthousiasme irradiaient ceux qui t’approchaient. Avec toi, c’était toujours le Printemps de l’Imaginaire!

IsabelleTu étais la Dame des Marionnettes: avec toi, elles ont cavalé sous toutes les latitudes, de l’Ariège des Pyrénées cathares au Brésil et au Mexique, du Collège de la Salle pendant le Festival d’Avignon à l’Hôpital Necker de Paris, soulevant des torrents de sourire, de rire et d’émotion; et pas seulement chez les Petits.

Tes marionnettes que tu créais de tes mains d’artisan, tes mains de noblesse, souvent avec Pierre, que tu manipulais avec amour avec Fabrice et Jacky, étaient très belles; pour moi, comme pour beaucoup d’enfants, elles étaient vraiment vivantes: il ne leur manquaient même pas la parole! Car tu leur prêtais la tienne.

Adèle, j’ai toujours su que c’était toi, dans tes jardins secrets, avec son cher Clément, le crapaud facétieux, que tu viens de rejoindre avec tous vos copains et copines marionnettes. Celles qui étaient dans ta magnifique exposition, Un ange passe, et toutes les autres que tu gardais tendrement dans ta thébaïde d’Artigat, même quand elles étaient à la retraite.

Merci pour ces générations d’enfants émerveillés, y compris les miens, et en particulier ceux que tu venais régulièrement faire rêver tous les mois, avec Fabrice, à mon invitation et à celle des Soignantes, à l’Hôpital des Enfants; ces enfants qui sont orphelins de tes rêves aujourd’hui.

Adèle

Maintenant que tu me précèdes là-haut, j’ai envie de chanter pour toi la chanson que j’ai écrite pour mes fils, quand ils étaient petits: il s’agissait de Peter Pan, mais finalement, cela te va bien.

Au Pays de l’Imaginaire, les enfants
Jamais, oh jamais, ne deviennent des grands.
Je suis l’enfance, je suis la joie,
Je vole comme les sauvages oies;
Je ne suis pas un elfe, ni un farfadet,
Mais un enfant qui pour toujours s’est évadé.
Au Pays de l’Imaginaire, les enfants
Jamais, oh jamais, ne deviennent des grands.

Arrivederci, chère Isabelle, Dame Marionnettiste.

E.Fabre-Maigné
Chevalier des Arts et Lettres

Née le 3 septembre 1949, Isabelle Paget, comédienne-plasticienne, créatrice manipulatrice de marionnettes, fondatrice et animatrice du Théâtre Caroube, puis de celui de la Cavale, s’est éteinte le mardi 27 mai 2014. Elle figure au catalogue général de la Bibliothèque nationale de France; et demeure dans le cœur de ses nombreux amis.

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2 commentaires

  • Merci pour ta parole de poète qui rend hommage à notre princesse Isabelle.

    Elle était si aimante si aimée, que ton âme d’Amérindien adoptée a trouvé la voix juste et sereine pour lui transmettre ta reconnaissance.
    Merci d’avoir invité LES JARDIN SECRETS à l’hôpital des enfants.

    Chaque retour de ces nombreuses journées était sujet à parler de ces petits humains fragilisés mais souvent si heureux de voir entrer la lumière du spectacle dans leur chambre.

    Isabelle était une magicienne qui habitait le monde, son attention aux autres était de celle qui nous élève,j’aimerais échanger avec toi des souvenirs d’elle qui ne pourront que nous donner une infime part de son éternité.

    affectueusement

    Jacky Lecannellier

    • Chantal Mignon Ranger dit :

      Bonjour et pardon de prendre ce chemin pour vous joindre. Cela fait quelques jours seulement que j’ai appris le départ d’Isabelle. Nous ne nous connaissons pas, mais je sais que vous avez été un de ses compagnons de route, et moi je suis son amie depuis l’âge de 16 ans (donc 13 ans pour elle), à Perpignan puis à la fac à Aix-en-Provence où nous avons partagé « étroitement » un studio miteux dont elle vous a peut-être parlé.

      Après nous nous sommes perdues de vue, et je l’ai regretté mais nos vies étaient complexes et agitées comme tout commencement de vraies vies.

      Je veux vous dire ici tout ce qu’Isabelle m’a appris en ce petit nombre d’années où nous étions proches, par son caractère passionné et sincère, par son humour et son besoin d’amour. Je suis profondément heureuse de savoir (par les témoignages que je lis sur le web) combien elle a rempli son contrat avec elle-même, à savoir, par le biais des personnages de ses spectacles, mettre en mots, en couleurs et en actes son profond amour de la vie et son respect des autres. Créative, elle l’était déjà quand nous étions ados, et que de fous-rires nous avons partagé !

      Croyez à ma très sincère amitié, et à ma fidélité pour elle qui doit tant vous manquer. Bien sincèrement. Chantal


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