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La cour des grands

03 Mai Publié par dans Cinéma | Commentaires

Avec Dans la cour, Pierre Salvadori signe son meilleur film, une comédie dépressive portée par Gustave Kervern et Catherine Deneuve.

Dans la cour

A l’instar d’un Bruno Podalydès, d’un Emmanuel Mouret, d’un Christian Vincent ou d’un (trop rare) Jean-François Stévenin, Pierre Salvadori est l’un des rares rayons de soleil que nous offre le cinéma hexagonal. Depuis 1993 et Cible émouvante, il livre régulièrement des films délicats, écrits, réellement mis en scène et où son amour des acteurs fait merveille. Si le registre de prédilection du cinéaste est la comédie, il sait à l’occasion la teinter d’une dose de mélancolie ou de subtil désenchantement à l’image du formidable Les Apprentis (avec François Cluzet et Guillaume Depardieu) qui atteint le niveau des classiques de la comédie italienne. Pour autant, l’inspiration anglo-saxonne (la parentèle Ernst Lubitsch / Blake Edwards) lui réussit aussi à merveille dans Hors de prix où Audrey Tautou et Gad Elmaleh font des étincelles.

Avec Dans la cour, on retrouve des personnages en équilibre instable cher à Pierre Salvadori. Voici Antoine, musicien dépressif en rupture de ban, qui se fait embaucher in extrémis comme gardien d’un immeuble par le couple gérant le syndic. Mathilde, jeune retraitée hyperactive s’investissant corps et âme dans le bénévolat associatif, a trouvé le profil, de ce quadragénaire aux airs de chien battu, idéal : il ment mal. N’est-ce pas une preuve de son honnêteté intrinsèque ? Antoine essaie de bien faire son travail malgré les idées noires, les addictions et les périodes de prostration, mais les habitants «normaux» de l’immeuble valent le détour. Il y a une ancienne vedette de foot reconvertie dans le trafic de vélos et la toxicomanie, un type tellement persuadé d’entendre un chien aboyer la nuit qu’il jappe lui-même depuis sa fenêtre, un SDF slave flanqué d’un doberman et membre d’une secte… Puis, Mathilde – qui tente d’épauler le fragile Antoine – voit à son tour ses repères disparaître à cause d’une fissure dans un mur.

Cour du miracle

Si Dans la cour prend d’abord, avec une efficacité redoutable, l’allure de la comédie énergisante autour de la solidarité entre des naufragés, le film se pare de nuances noires, voire funèbres à l’image de la lecture d’un poème prémonitoire de Raymond Carver. Mieux encore, Salvadori mêle réalisme et poésie, par exemple lors de la scène – hilarante et terrifiante – où Mathilde revisite la maison de son enfance et découvre que les nouveaux propriétaires n’en ont rien gardé. Des clins d’œil au Polanski de Répulsion ou à l’univers de Houellebecq contribuent encore au sentiment de malaise et de vide existentiel.

Pourtant, Dans la cour se révèle une ode à la vie, à l’émerveillement, aux mensonges qui embellissent le réel, au don de soi absolu. Pour accomplir ce miracle, il fallait donc un ange gardien.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Dans la cour de Pierre Salvadori avec Catherine Deneuve, Gustave Kervern.
Durée : 1h37.

 

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