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Un Kundera insignifiant

20 Avr Publié par dans Littérature | Commentaires

Milan Kundera publie un bref roman, La Fête de l’insignifiance, qui ne devrait pas entraîner une nouvelle édition augmentée de ses deux tomes parus dans La Pléiade.

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Un roman ? Plutôt une longue nouvelle lorgnant sur le théâtre qui, si elle n’avait pas été signée par l’auguste Milan Kundera, n’aurait sans doute jamais été publiée. La mise en page et la typographie ayant été convoquées pour étirer ce maigre texte jusqu’aux 140 pages légitimant une valeur d’échange (15,90 €) éminemment supérieure à la valeur d’usage, voici donc La Fête de l’insignifiance sur le marché. Dans cette opération, le plus drôle est l’accueil réservé par la presse française. On n’ose parler de «critique» littéraire tant le panurgisme de la corporation extatique relève ici du service après-vente, voire du service commandé.

Parmi les éminentes plumes (Marc Fumaroli de l’Académie française, Frédéric Beigbeder, Philippe Labro…) ayant encensé la chose, citons-en une, moins prestigieuse, mais plus comique : François Busnel de L’Express. Extraits : «il faut lire de toute urgence son nouveau roman, peut-être le dernier, magnifique, solaire, profond, drôle (…) On imagine Milan Kundera écrivant – vertige. L’élégance de sa prose, la force de ses personnages, l’absence de tout message et la présence d’un sens.» L’avantage de tels arguments, c’est qu’ils peuvent servir pour n’importe quel livre, il suffit de remplacer «Milan Kundera» par le nom de l’heureux élu.

Insoutenable lourdeur

La Fête de l’insignifiance, Gallimard - Milan KunderaPrécisons que Milan Kundera est un immense écrivain dont on peut lire ou relire avec bonheur les essais et les romans, y compris certains des derniers comme La Lenteur et L’Identité qui à l’époque ne furent pas épargnés par les journalistes hexagonaux. «Pléiadisé» de son vivant, Kundera semble bénéficier désormais de toutes les indulgences au regard de l’objet livré qui évoque une mauvaise pièce de Yasmina Reza. Qu’y a-t-il vraiment dans La Fête de l’insignifiance ? Une mise en abyme pesante, des dialogues scolaires, des paraboles de plomb, un humour poussif, une lourdeur de tous les instants…

Cet attirail est au service d’une thèse suffisamment simple et explicite pour que même un «critique littéraire» français puisse la retenir : l’insignifiance est l’essence de l’existence et il faut apprendre à l’aimer car elle est la clé de la bonne humeur. Paolo Coelho ou Servan-Schreiber (David) n’aurait pas dit mieux. Finalement, le livre ressemble assez au dessin qui orne le bandeau sur la couverture. Il est également dû à Milan Kundera. On a hâte de lire ce que nos journalistes écriront si jamais il publie ses œuvres picturales. Enfin, précisons que La Fête de l’insignifiance est sorti le 3 avril. Le 1er, cela aurait été trop gros.

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

La Fête de l’insignifiance, Gallimard, 145 p.

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