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Michel Houellebecq, poète

12 Avr Publié par dans Littérature | Commentaires

L’auteur d’Extension du domaine de la lutte et de La Carte et le Territoire publie une «anthologie personnelle» de son œuvre poétique intitulée Non réconcilié.

Michel Houellebecq © Philippe Matsas - Flammarion

«Michel Houellebecq est poète avant tout», écrit Agathe Novak-Lechevalier dans la longue et fine préface consacrée à Non réconcilié rassemblant une sélection de poèmes publiés entre 1991 et 2013, année où l’écrivain signa le recueil Configuration du dernier rivage. Le rappel n’est pas inutile tant ces dernières années, dans le tumulte des polémiques et des honneurs, il a dû échapper à beaucoup – notamment à ses plus récents lecteurs – que Michel Houellebecq avait fait ses débuts en littérature avec un recueil de poésie (La Poursuite du bonheur en 1992) suivi par Le Sens du combatRester vivant et Renaissance.

Certains des poèmes lus par l’écrivain seront mis en musique par Jean-Jacques Birgé tandis que Bertrand Burgalat réalisera et composera l’album Présence humaine en 2000 (comprenant notamment le magnifique Derniers temps) interprété sur scène par Houellebecq lors d’une série de concerts. Plus récemment, en 2011, on découvrait deux nouvelles chansons conçues avec le grand Jean-Claude Vannier : Le Film du dimanche et Novembre, déchirant poème repris dans Configuration du dernier rivage. Signalons encore la parution le 14 avril prochain des Parages du vide, album réalisé et chanté par Jean-Louis Aubert d’après des textes de l’écrivain.

Retourner dans l’ancienne demeure

Non réconcilié, Poésie / GallimardLa poésie est ainsi consubstantielle à l’œuvre de Michel Houellebecq, jusque dans certaines pages de La Carte et le Territoire dont la musicalité évoquait celle de ses poèmes. Cette forme réclame sans doute une part d’innocence et d’émerveillement, comme il s’en expliquait dans Ennemis intimes, correspondances électroniques avec Bernard-Henri Lévy : «tout se passe comme si le poème avait déjà été écrit bien avant nous, qu’il avait été écrit de toute éternité, et qu’on n’avait fait que le découvrir. Le poème une fois découvert, on s’en tient à quelque distance. On l’a dégagé de la terre qui l’entourait, on a donné quelques coups de brosse ; et il brille, accessible à tous, de son bel éclat d’or mat.»

Dans ce même livre, Houellebecq exprimait la crainte que la poésie n’ait simplement plus sa place dans notre monde : «Ainsi quelque chose de précieux disparaît, et disparaît sous nos yeux. Je peux en témoigner, j’ai vu la disparition se produire de mon vivant, et même dans le cadre de ma modeste vie d’auteur j’ai vu les rayons diminuer dans les librairies, les collections s’éteindre.» On espère toutefois que le prix Goncourt 2010 donnera envie à un nouveau public de lire ceux qui l’ont influencé, les grands maîtres (Mallarmé, Verlaine, Baudelaire…) comme les moins connus (Remy de Gourmont dont il préfaça une anthologie en 1991, Jean de La Ville de Mirmont…). Quant aux poèmes rassemblés dans Non réconcilié ils dessinent évidemment la sensibilité et les humeurs d’un artiste dont le désenchantement si singulier et en même temps emblématique de notre époque a donné naissance à l’adjectif «houellebecquien». La définition ? Elle pourrait être celle-ci, extraite du poème Loin du bonheur : «Être dans un état qui s’apparente au désespoir, sans pouvoir cependant y accéder.»

Le poète jongle avec le trivial, le quotidien, l’humour, l’incongru, le chagrin, le souvenir de l’innocence perdue, la souffrance, le sarcasme… Orphelin d’une «ancienne espérance», il rêve de revenir dans «la maison du Père» et mise dans HTM sur «la possibilité d’une île» (sublime poème déjà présent dans le roman éponyme et qui fut joliment chanté par Carla Bruni). C’est encore un Houellebecq aux nostalgies et aux aspirations très chrétiennes qui apparaît : «Nous voulons retourner dans l’ancienne demeure / Où nos pères ont vécu sous l’aile d’un archange, / Nous voulons retrouver cette morale étrange / Qui sanctifiait la vue jusqu’à la dernière heure. / Nous voulons quelque chose comme une fidélité, / Comme un enlacement de douces dépendances, / Quelque chose qui dépasse et contienne l’existence ; / Nous ne pouvons plus vivre loin de l’éternité.»

Christian Authier
Un Article de l’Opinion Indépendante

Non réconcilié, Poésie / Gallimard, 225 p.

 

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